BE" ROT LOUIS-PHILIPPE
non moins grande que celle de nos autres auditeurs. Il s'agit dans ce travail de démontrer que la révolution républicaine de 1848 n'est pas devenue réactionnaire et sanglante parce que les démagogues arrivés s1 subitement au pouvoir ont subi sans s’en douter l'influence des habitudes d'humanité, de douceur, qui étaient dans le cœur du roi Louis-Philippe et qui ont prévalu contre les sévérités de la justice. Il n’y a eu, en dixhuit ans de complots contre la vie du roi, que cinq exécutions capitales : Fiesch1 et ses deux complices, puis Alibaud et Lecomte, et ces choses ont été si Justes, si nécessaires, que personne, après 1848, n'a récriminé. On n'a Jamais attaqué les jugements de la Cour des pairs. Tout le monde a su qu'il a fallu faire subir une sorte de violence morale au roi pour l’empêcher d’user de son droit de grâce. Il a sauvé la vie de Barbès, et cela tout simplement parce qu'il avait une répugnance extrème à faire couler le sang, lors même que le crime du condamné était digne du supplice.
Cette mansuétude a si bien prévalu qu’elle est devenue coutume, on s’est habitué à ces douceurs si charitables, et les républicains, arrivés au pouvoir, ont trouvé un pays qui répugnait aux violences, même légales. Les hommes ardents qui régnaient alors, et qui auraient volontiers frappé de grands coups pour réduire les partis contraires, n’ont pas osé en venir à des violences; ils sentaient que ces manières soulèveraient des répugnances et leur feraient tort. M. le chancelier, qui, en qualité d’ancien président de la Cour des pairs, avait condamné tant de complots, devait craindre une réaction toute personnelle, aussi jugea-t-il prudent de quitter Paris. Réfugié à Tours, il n’y fut pas inquiété, et 1l ne tarda pas à voir la preuve de cette influence de la bonté du roi Louis-Philippe.
M. le chancelier a soutenu cette thèse avec un talent réel; on trouve dans ses appréciations de la netteté,
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de la précision, même de la vigueur, et de temps en temps le style s'élève, la phrase est généralement abondante et nourrie, les idées sont méthodiquement rangées, bien enchainées; la démonstration gagne en force et en ciarté à mesure que l’on arrive vers la fin de ce travail; c'est évidemment l'œuvre d’un esprit lucide, méthodique; il n’y a ni dureté ni véhémence; on sent à travers tout cela un calme sage, une prudence maîtresse de son sujet et d'elle-même; on voit que la tête est d'aplomb, et le talent d'écrivain, qui n'affecte ni recherche ni prétention, est de la meilleure école.
Le peuple, délivré de douze cents ans de servitude, s'agite, brise tout, dévore ceux qu'il considérait comme ses ennemis. Mais, à partir de ce moment, son caractère féroce se calme, l'éducation politique améliore sa nature impétueuse et barbare; on commence à douter du droit de tuer, on respecte la vie des hommes, les mœurs se pérfectionnent, le Code pénal s'adoucit. L'empire occupe tout le monde à la guerre, mais quand cesse cette tuerie savante, la Restauration s’installe; la politique réactionnaire et sanglante se retrouve encore à Avignon, à Toulouse, à Saumur, seulement cela n’a qu’un temps et le règne de Louis-Philippe efface pour jamais ces violences légales où non. Dix-huit ans de douceur détruisent ces traditions vengeresses. On soigne les prisonniers, on fait de l'humanité en excès peut-être, mais enfin ce sentiment charitable domine la société, et dès lors il n'y a plus moyen de jouer avec le glaive de la loi. Les socialistes les plus ardents, s'ils avaient tenu le pouvoir, n'auraient pu frapper leurs ennemis; le sentiment public eût fortement répudié ces cruautés; Barbès lui-même eût été contraint de reculer devant cette tendance des esprits à la bienveillance.
Un ancien secrétaire de M. Pasquier, l’un de nos