M" DE FLAVIGNY — D' BRETONNEAU
ce qui fait l’ornement des maisons anciennes et nobles.
M. Pasquier, qui a vu naître Mme de Flavigny, l’a beaucoup plaisantée et taquinée sur la passion qu’elle a inspirée à M. de Salvandy. Celle-c1 s y est prêtée de la meilleure grâce. Elle a raconté que tout récemment, allant voir M. Molé à Champlâtreux, M. de Salvandy a voulu absolument la conduire dans sa voiture, voiture excellente, cheval zZ/em, devant aller chez M. Molé en deux heures à peine. Hors de la barrière le cheval se cabra, devint si rétif qu'il fallut le conduire :par la bride pendant un temps infini, si bien qu'il y eut un retard de plusieurs heures. J’ai prétendu que c'était chose arrangée d'avance, que M. de Salvandy voulait prolonger le tête-à-tête; M. Pasquier a dit là-dessus des choses fort piquantes et très aimables.
Mme de Flavigny se défendit avec ardeur, mais nous avons tant ri de cette aventure que le complot du grand ministre a été regardé comme constant. Nous avons beaucoup parlé de M. Bretonneau, célèbre médecin de Tours. Mme de Flavigny, qui a une terre à quelques lieues de cette ville, a eu souvent l’occasion de recourir aux conseils de cet excellent praticien, aujourd'hui chargé d’années; il ne veut plus faire de médecine. Il est à peu près inaccessible aux consultants et élude les visites par mille moyens des plus originaux; on ne peut parvenir à lui parler maladie, et de là des scènes fort plaisantes. Mme de Flavigny est un peu entichée de l’homéopathie; elle avouait un jour sa faiblesse au vieux médecin de Tours, qui lui dit : «Je respecte vos croyances, madame, faites-moi grâce de vos crédulités !» J’ai trouvé dans cette tête intelligente un singulier mélange d'idées justes et de spéculations sans base.
Tous les gens du monde, même les mieux doués, sont enclins à glisser sur cette pente, à accenter le bon et le mauvais avec une faveur égale. Demandez donc
de la raison au peuple? La dame fait beaucoup de médecine dans sa terre, elle donne à la fois la consultation et le remède. Tout récemment, une pauvre vieille venue pour demander aide reçut un petit paquet de Je ne sais quelle drogue; fouillant dans sa poche, elle demande à la dame ce qu'elle lui devait. « Un Pañer et un Ave, ma bonne mère, c'est tout ce qu'il me faut.» Ces guérisseuses sont convaincues qu'elles font une bonne œuvre en frappant ainsi à tâtons sur la maladie et plus souvent encore sur le malade. Si on leur fait la guerre à propos de cet exercice illégal de la médecine, elles se réfugient derrière leurs bonnes intentions.
La charité s’aveugle elle-même. Les religieuses hospitalières dans les campagnes tuent pieusement bien des pauvres gens qu'un bon avis eût rendus à la santé. Blâmez ces pratiques, on crie à l'intolérance; vous attaquez de saintes femmes qui, sous prétexte de soins gratuits, ruinent les médecins de la localité et contribuent à rendre les maux incurables. f’ai discrètement touché cette corde avec la noble dame, mais allez donc convertir une personne qui s’absout elle-même et croit faire œuvre pie. Il n’y a pas longtemps, Mme de Flavigny, après mille pourparlers, obtint une audience de M. Bretonneau. Il s'agissait d’un cas grave : le jeune fils de la dame, âgé de quinze ans, était menacé de maladie de poitrine; sa voix, altérée profondément, indiquait une affection du larynx, une phtisie.
M. Bretonneau surprit énormément la dame en lui annonçant que le jeune homme n’en mourrait pas, que sa voix muait... «Je n'avais, jusque-là, élevé que des filles, me dit la dame, je ne connaissais pas ce changement. Le docteur s’est moqué de moi tout à son aise.» L’anecdote m'a paru caractéristique.
J'ai appris par Mme de Flavigny que mon cher marquis (M. de Saint-Aulaire), appelé à Etiolles par dépêche, était arrivé hier chez son père. L'état singulière-
ln dot à: