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M"° DE GALLIERA

ment grave de Mme de Langsdorff est la cause de ce voyage précipité.

Enfin J'ai bien jJasé avéc cette dame, qui est encore fort bien, quoique un peu chargée d’embonpoint; elle a beaucoup de vivacité, d'animation, de mouvement dans l'esprit; elle est rieuse, aimable et très bonne personne, disent les gens qui la connaissent.

J'ai moins causé avec Mme de Galliera, qui est plus jeune, plus sérieuse, mais non moins aimable. Son mari, qui est Génois, a hérité d’une fortune colossale, grâce à la parcimomie proverbiale de son père. Le fils est, dit-on, fort laid, mais 1l est lié avec tous les financiers de l’époque; il ne se fait nulle part une grande opération sans qu'il s’en mêle; 1l est de toutes les crandes lignes de chemins de fer, de toutes les grandes entreprises qui rapportent de gros bénéfices. C’est ainsi qu'il est parvenu à entasser une jolie collection de millhons. Je ne l’ai pas vu, ce crésus, ce nabab, et Je ne tiens pas à le rencontrer.

M. le chancelier nous a raconté bien des choses soigneusement enregistrées suivant mon habitude. J'ai pris mes notes en dedans, casant dans les petits coins de ma mémoire ce qui me semblait plus intéressant. Nous nous extasiions sur un vrai prodige de mémoire a propos d’un fait remontant au déluge, c’est-à-dire avant la Révolution. «Et cependant, nous dit le duc, Jamais je n’ai pu mettre une date, un chiffre dans ma tête. Elevé au collège de Juilly, je ne pouvais apprendre par cœur comme la plupart de mes condisciples. Il me prit un goût très vif pour les mathématiques. La première et la seconde année, je passais pour un des bons élèves de la classe et M. Bezout, qui venait en fin d'année nous examiner, me donna de très bonnes notes, ajoutant que je devrais entrer dans la marine. Plus tard, J'ai si complètement oublié ces choses qu’il m'a toujours été impossible de m'en faire

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une idée quelconque. Les calculs ordinaires me trouvent très inhabile, à tel point qu'après une vacance passée à Coulan chez mon grand-père, celui-ci écrivit à mon père que j'étais un bon garçon, mais faible, mou et capable de peu de chose. Je me flatte d'avoir un peu démenti le pronostic de ce juge sévère. Devenu député, j'ai commencé à jouer un certain rôle à propos de la loi d'indemnité, puis je suis devenu ministre de la justice une première fois; plus tard, j'ai encore eu ce même portefeuille. J'ai aussi été ministre des affaires étrancères, président de la Chambre des députés, enfin pair de France et chancelier, tout cela dans des circonstances dont J'ai gardé le plus vif souvenir, mais sans pouvoir me rappeler les dates de chacune de ces entrées aux affaires. Il m'a toujours été impossible de dire quand a eu lieu tel changement de ministère, alors que Je jouais le premier rôle dans cette crise politique; Je puis raconter aussi bien que qui que ce soit les causes qui ont amené ces révolutions de cabinet, faire l’histoire des idées représentées par les hommes nouveaux arrivés au pouvoir, mais Jamais il ne m'a été possible de dire le ministère du 11 mars, du 20 décembre, du 5 mai, etc.

« J'ai écrit avec une grande exactitude la date de la naissance et de la mort d'Etienne Pasquier, mon bisaïeul; j'en ai fait autant pour mon grand-père, pour mon père, pour mes frères et ma sœur, et pourtant ces dates que Je connais, que J'ai vues cent fois, ne peuvent se caser dans ma mémoire.

«Quand j'étais député, ministre, il m'est arrivé mille fois de citer des lois, des arrêts, des ordonnances; je n'osais en désigner la date, il me fallait dire des à peu près qui me sauvaient du reproche d’inexactitude. La mémoire est une arme précieuse pour les hommes qui sont aux affaires, il y a là une force qui, employée à

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