M, DES AINE-PRIEST.— M: VATOUT
l'époque où vous comptez paraître en séance publique, etc.» M. Berryer a dû s’exécuter; le jour a été pris par lui, 1l s’est engagé formellement vis-à-vis de ses confrères, et c’est victoire remportée. M. Berryer s'est mis dans une position désavantageuse. Un si long temps écoulé donne à chacun le droit d'exiger un chef-d'œuvre; s’il échoue, on se moquera de lui, mais il est probable qu'il se tirera d'affaire. Il doit écrire l'éloge de M. de Saint-Priest qui était un homme de beaucoup d'esprit et qui a publié une histoire de la conquête de Naples par je ne sais plus quel roi ou prince.
Ce M. de Saint-Priest est né à Moscou, pendant la Révolution, — la première; il vint en France lors de la Restauration, fut envoyé en Portugal comme ministre, puis au Brésil, puis en Suède, puis je ne sais où encore, et toujours avec des missions diplomatiques dont 1l s'acquittait à merveille. Il a publié une histoire de la royauté, sans beaucoup de succès, bien que ce livre lui eût coûté un travail énorme.
Enfin revenu à Paris, où 1l s'occupait exclusivement de littérature, il dut retourner à Moscou pour des affaires d'intérêt. Il appartenait à l’Académie française depuis deux ans à peine, il avait succédé à M. Vatout, le bibliothécaire et surtout l’ami intime du roi Louis-Philippe (1).
Arrivé en Russie, 1l est atteint subitement de maladie, et par une singulière fatalité il meurt à quarante et quelques années, dans la chambre où il est né, et 1l a été enterré dans l’église où il reçut le baptême.
Voilà l’homme dont M. Berryer est chargé de parler à l’Académie, cela n’est pas embarrassant, il y a de quoi donner carrière à son talent, mais enfin il faudra
(1) M. Vatout, nommé quelque temps avant la révolution de Février 48, n'eut pas sa séance publique; il ne siégea pas et mourut presque subitement à Claremont (D' P. M).
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savoir comment il va s’en tirer. Le tour de M. de Sacy, des Débats, viendra ensuite et alors on procédera au remplacement de M. Ancelot. Les compétiteurs sont nombreux, les chances, dit-on, sont en faveur de M. Ponsard; d’autres disent qu'Emile Augier pourrait bien passer; on parle aussi de M. Legouvé, mais son procès avec Mlle Rachel à propos de sa tragédie de Médée lui fait tort dans l'esprit de ses futurs juges qui n'aiment pas les succès obtenus par arrêt de la cour. Bref, ce doit être un poète, et surtout un poète dramatique; leur tour est arrivé, car ces nominations se font ainsi, tantôt les historiens, les orateurs, les poètes, tantôt les grands personnages politiques qui ne sont
le plus souvent que cela, mais il est de tradition dans
la -docte compagnie de recueillir les célébrités lors même qu'elles sont peu littéraires.
— M. Pasquier dit à Mme de Boigne qu'il avait vu le matin M. Franck-Carré, le premier président de la cour impériale de Rouen. « Vous savez que c’est lui qui portait la parole en qualité de procureur général contre le prince Louis-Napoléon à propos de l'attentat de Boulogne ou de Strasbourg, je ne sais lequel des deux. »
C’est un homme de grande taille, une tête haute, sévère, un magistrat représentant fort bien, orateur véhément, austère, ardent, et qui fut extrêmement chagrin de quitter ses fonctions de procureur général pour être nommé premier président à Rouen. ;
Je lui rappelais ce fait, et il m'a dit : «C’est vrai, mais l'avenir m'a consolé. Si je fusse resté procureur général, on m'aurait destitué sans scrupule, tandis que mon inamovibilité m'a sauvé. Au reste, a-t-1l dit, l’empereur n'a pas de rancune. L’an dernier, à Dieppe, je fus présenté à Sa Majesté qui me reçut à merveille et me présenta elle-même à l’impératrice. Le soir à un grand bal, l'orchestre préludait, je me promenais dans
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