D' KOREFF — D' DUPUYTREN
de science; 1l sait tout, même un peu de médecine!»
Je l'ai beaucoup connu. Il faisait une cour assidue à M. Dupuytren, et mêmeà ceux qui étaient bien avec ce maître, si petits qu'ils fussent. Or, J'étais un des internes que ce grand chirurgien traitait avec le plus de bienveillance. Koreff a fini par se faire attraper par une femme plus fine que lui et qui s’est fait épouser en dépit de ses roueries, de ses subterfuges. Tout le monde à ri en voyant ce vieux renard tomber dans le piège de cette poule. Ce drôle, associé à un certain docteur Wolowsky, avait modestement demandé 200,000 francs d'honoraires au duc de X..., pair d’Angleterre, dont il avait soigné la fille. Un procès scandaleux s’ensuivit, et 1l le perdit, ainsi que le reste d’une réputation usurpée.
12 février 1855.
Le courant de la conversation nous a entraînés vers un certain marquis de M... mort en 1830, et dont J'ai connu la veuve. Ce M. de M... a été ambassadeur de la Restauration en Allemagne et à Madrid. Une personne des mieux informées nous a dit : «C’est le seul homme vraiment méchant que j'aie jamais connu, car 1l l'était même contre tous ses intérêts. Il faisait le mal pour le plaisir de le faire. Il était terrible pour les secrétaires d’ambassade, pour les attachés et autres Jeunes diplomates placés sous sa direction. [Il ne perdait aucune occasion de leur nuire; il en inventait même, et quelquefois ses dénonciations étaient horriblement calomnieuses. M. de Damas, alors ministre des affaires extérieures, homme excellent, mais crédule et sans esprit, aurait accueilli ces notes sans chercher à les vérifier, si une personne placée près de lui ne l’eût engagé à ne pas se contenter d’une parole sans preuves. Par exemple, M. de Bourquenay et M. de
156 JOURNAL DU D°' P. MÉNIÈRE
Bonneval ont été l’objet d'imputations odieuses, et le dernier surtout a failli voir sa carrière brisée par un rapport mensonger de son chef, M. de M... Celui-ci disait au ministre qu'il convenait de placer M. de Bonneval dans une autre légation, mais sans lui dire le motif de ce changement. Bien loin de suivre ce conseil perfide, l'affaire fut instruite, la calomnie prouvée, et M. de Damas traita du haut en bas l'ambassadeur coupable. M. de M... regimba, mais le ministre lui écrivit un billet ainsi concu : « Je maintiens «les termes de ma lettre; si vous n'êtes pas content, «vous savez où Je demeure, je vous en rendrai raison «quand vous voudrez.» C’est assez roide pour un ministre parlant à son inférieur. Depuis, ce même M. de Bonneval a menacé de soufllets son accusateur, et cela en public, au spectacle. Plus tard, à Madrid, le même ambassadeur, venant remplacer je ne sais quel diplomate rappelé, dit gracieusement à celui-ci : « Je viens « faire ici le contraire de ce que vous avez fait.» L'autre lui répondit : «J'ai agi suivant mes instructions, à «moins que vous n’en ayez d'autres, 1l vous sera difhcile «de détruire les relations établies. — Oh! dit M. de «M..., ce n'est pas le gouvernement, mais bien mon «parti, qui m'envoie en Espagne.» Cela était vrai, mais ce parti ne resta pas longtemps le maître, et un beau jour M. de Villèle rappela par le télégraphe M. de M... qui arriva furieux à Paris. Il ne fut plus envoyé nulle part et mourut de chagrin en 1830.»
— Je viens de recevoir une visite qui m'a donné des renseignements nouveaux sur M. de Morny. Ce personnage est bien le fils de la reine Hortense, tout le monde le sait; mais son vrai père se nomme M. de Flahaut. Il a été élevé par Mme de Souza. Des actes sufhsants furent produits lorsqu'il fut nommé député sous Louis-Philippe. Il a toujours montré beaucoup de talent, d'esprit, de fermeté dans toutes les circons-