MARÉCHAL BUGEAUD
des intérêts de la nation. Et puis, c’est insolite, c'est nouveau, et comme il a toujours réussi en faisant tout le contraire de ce que l'on fait quand on est sur le trône, Je suis assez partisan de cette mesure aventureuse. Ce sera le pendant de la campagne d'Egypte de son oncle, — un nouveau drame oriental !
22 février 1855.
Je viens de recevoir la visite de M. le chancelier; fruit rare, mais bien délicieux, la visite d'un pareil malade. Après avoir parlé santé, l’aimable vieillard en est venu aux choses de l’Alcérie. Il pense que rien n’assurerait davantage notre sécurité là-bas qu'une plus grande extension de notre influence au Maroc. Ce mot nous a conduits immédiatement à évoquer nos souvenirs sur mon cher maréchal Bugeaud. Je lui ai dit que ce grand ami m'avait écrit une lettre après la bataille d’'Isly. Il à aussitôt demandé à la voir, et J'ai dû la lui lire, car ses yeux ne sont plus très bons. «Il est facheux, m'a-t-1l dit, que cette page du maréchal demeure inconnue, elle appartiendrait à l’histoire.» La conversation a tourné ensuite sur mille sujets.
Mon visiteur parti, J'ai eu l’idée de consigner cette lettre dans mes papiers secrets. Puisse ce pieux souvenir de mon cher maréchal arriver un jour à mes enfants ou petits-enfants.
«Mon cher Ménière, j'étais sûr d'avance que vous ne partageriez point l'inquiétude générale sur les résultats de notre lutte avec l’armée marocaine. Vous pensiez, avec raison, que nos admirables soldats de l’armée d'Afrique feraient une éclatante application des principes que vous m'avez entendu proclamer si souvent sur l'avantage des armées bien constituées, bien disci-