M. BEUGNOT
ancien député et peut-être même, encore aujourd’hui, faisant partie du Corps lécislatif ou du Conseil d'Etat. C'est un homme à peu près de mon âge et que j'ai vu quelquefois en l’an de grâce 1825 ou 1826. Son père, qui a occupé de grands emplois lors de la restauration des Bourbons, a offert cette particularité qu'il a poursuivi de ses vœux les plus ardents la pairie de ce temps-là, qu'il a enfin obtenu ce titre désiré et qu'il n'a pu siéger au Luxembourg parce que la révolution de Février a chassé la branche aînée.
Je connaissais la plupart des faits de cette singulière biographie, mais M. le chancelier, qui est le répertoire vivant de toutes les traditions de ces temps reculés, m'a dit : «Ce pauvre Beugnot ! il en a été pour ses frais de costume, de manteau. Il a prêté serment à la séance royale de la rentrée des Chambres, mais les diverses formalités de son admission n'ayant pu être remplies à temps, la débâcle de Juillet est arrivée, et il n'a pu siéger une seule fois au Luxembourg.» Il a eu cela de commun avec M. de Vitrolles.
— Il s'est passé l’autre jour une chose énorme. D'après la constitution de notre Eglise gallicane et le Concordat, un bref du pape ne peut être publié en France que quand 1l a été examiné par le Conseil d'Etat et approuvé par le gouvernement. Or, le bref de l’'Immaculée Conception est en ce moment soumis à ce Conseil; mais, en attendant la décision, l'archevêque de Paris a fait la publication officielle, et 1l a ainsi brûlé les quatre fameux articles des libertés de l'Eglise gallicane. Bossuet et la grande assemblée du clergé français sont foulés aux pieds; c’est une révolution des plus radicales qui sera sans nul doute l’objet de réclamations passionnées de la part d’un certain nombre d'évêques. Il paraît que Mgr Sibour a fait sa paix avec le pape, qu'il a accompli toutes les soumissions nécessaires et qu'il a pleinement reconnu la su-
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prématie du pape sur les conciles, c'est-à-dire l'infaillibilité du Saint-Père. Amen! Je ne m'occupe pas de ces matières; Je consigne ici seulement ces aventures contemporaines, remarquant toutefois que cet étrange phénomène s'est effectué sans secousse, tandis que, si Mer de Quélen, Mgr Affre ou tout autre eût fait pareil tour sous les gouvernements constitutionnels, il y eût eu bien certainement une révolution dans les Chambres, un vaste procès au Conseil d'Etat ou à la Cour de cassation. Personne n’a dit mot, comme si cela n'intéressait personne. Est-ce que, par hasard, on ne se soucierait plus de ce qui touche à la conscience? S'il en est ainsi, concluez.
— Il a été question ensuite de ce bruit de départ de l'empereur pour la Crimée, bruit qui prend de la consistance. Le vieux général présent à cette conversation a dit que ce voyage lui paraissait inutile; que l'empereur n'avait rien à faire là, si ce n'est d’encourager par cette visite nos troupes de toutes armes; mais là encore se rencontre une grande difficulté : que dira l'Angleterre? Le prince Albert ne se croira-t-1l pas obligé d'aller aussi effectuer cette promenade lointaine, et alors la reine aura peur de rester veuve. On dit que notre chef veut emmener sa femme. On est consterné au château. Tout le service du maître redoute cette équipée; on m'a dit que M. Rayer, le premier médecin, avait reçu l’ordre de se tenir prêt à partir.
Et puis le grand fiasco du prince Napoléon a beaucoup contrarié l’empereur; il veut en quelque sorte réparer cet échec de l’un de ses parents. On dit même que le conseil de régence est nommé; le roi Jérôme le préside, puis M. de Morny, puis les présidents du Sénat et du Corps législatif, etc. Moi, je trouve que l’empereur ferait bien. Il montrerait qu'il comprend les obligations de son titre, qu’il est jaloux de l’honneur de la France et que rien ne lui coûte quand il s'agit