CHAPITRE PREMIER
Arrivée à Rouen. — Nomination de Mme d'Audenarde comme dame du palais. — Je prends des mesures pour rétablir la discipline à Rouen. — Organisation communiste des ouvriers. — M. de Cubières à Angerville — Visite au Havre.— Le banquet réformiste de Rouen. — Mort de Madame Adélaïde. — Service célébré pour elle à la cathédrale de Rouen. — Je force mes ofïiciers d'état-major à monter à cheval. — Détails sur l'internement d'Abd-el-Kader au fort Lamalgue. — Accusations contre M. Génie, secrétaire de M. Guizot. — Visite au Roi et à la Reine. — Je défends, au comité des inspecteurs généraux, les olHciers d'avenir. — Mes idées à ce sujet. — Lettre du duc de Mortemart, du 13 février 1848, sur la situation. — Voyage à Paris le 17 février 1848. — Mécontentement des généraux Jacqueminot et Sébastiani en apprenant la nomination du maréchal Bugeaud comme commandant en chef des forces du département de la Seine. — Inquiétudes causées à Paris par le banquet réformiste. — Troubles à Paris les 22, 23 et 24 février. — Je reçois, le 24, à huit heures du soir, la nouvelle de la formation d'un gouvernement provisoire. — Je réunis les troupes pour leur faire savoir que j'attends pour reconnaître ce gouvernement. — Sur la nouvelle que les ouvriers voulaient désarmer mes troupes, je sors de Rouen le 2o février, et je m'établis au mont Riboudet. Sur la demande de la municipalité, je consens à rentrer à Rouen, et à y prendre le commandement de la garde nationale. — Le ministre de la guerre Subervie m'écrit pour me féliciter sur ma conduite. — Je rentre en triomphe à Rouen et j'assure partout la tranquillité. — Nomination de M. Deschamps comme commissaire provisoire pour le département de la Seine-Inférieure.
10 novembre. — Je suis arrivé aujourd'hui à Rouen par le chemin de fer. J'ai été d'abord chez le premier président
Franck-Carré, mon collègue à la Chambre des pairs, ensuite chez l'archevêque Blancard de Bailleul; ils n'y étaient ni l'un ni l'autre. J'ai été ensuite chez le préfet Dupont-Delporte, que je connaissais, et je lui ai dit que j'étais persuadé que nous n'aurions que de bons rapports et que je maintiendrais la discipline comme je l'ai fait partout. Je lui ai parlé des émeutes de Perpignan et je lui ai dit que, si jamais il y en avait ici, je serais toujours prompt à obtempérer à ses réquisitions, que j'exigerais que les officiers fussent toujours en uniforme. Il m'a répliqué : « Et le général Gérard aussi? » — « Certainement, ai-je répondu; il est commandant de la subdivision, et les règlements sont formels à cet égard. » De là, j'ai été chez le général d'Audenarde. Mme d'Audenarde faisait un secret de sa nomination de dame du palais. Elle a commencé par le nier; puis, voyant que je le savais positivement, ils font avoué. Je lui ai dit qu'on m'avait même rapporté que la Reine avait été très aimable et avait dit qu'elle était charmée de lui faire cette grâce, au moment où M. d'Audenarde entrait dans la deuxième section. Elle a repris devant son mari : f Sûrement, les services de M. d'Audenarde y sont pour quelque chose, mais je suis nommée parce que c'était le désir de M. le duc d'Orléans, qui l'avait manifesté il y a longtemps. »
J'ai visité l'hôtel du quartier général, puis j'ai repris le train pour Paris.
11. — J'ai vu le ministre de la guerre Trézel. A mon arrivée, il était en longue conférence avec le président du conseil Guizot. J'ai dit bonjour à celui-ci; il est radieux de sa nouvelle position.
J'ai été, comme toujours, très bien accueilli par M. Trézel; il m'a très bien écouté quand je lui ai parlé du laisser aller que j'ai vu dans le service à Rouen, puis il m*a dit : « Il faudra prendre garde à Rouen; c'est une ville amie. Le Roi va à Eu; il n'aime pas les visages mécontents. » Je lui ai répondu que je ne demande jamais que l'exécution des règlements, que je regarde comme indispensable pour la considération de l'état militaire, que tous les officiers soient tenus de porter l'uniforme, et que je ne vois pas en quoi cela peut mécontenter