CHAPITRE VIII. — JLKN iHM
masse, et aiiiiiié d'un excellent esprit; mais il y a bien des <létails sur lesquels il y a à redire, entre autres de ridicules barbes, à commencer par celle du colonel Ambert, ce qui lait quil n'y a pas d'uniformité sous ce rapport. Cette licence des barbes, contraire aux règlements existants, est une chose ridicule; cet abus est, par la faiblesse de ceux qui commandent, devenu presque un droit. Le ministre de la guerre veut qu'on le tolère; il serait plus simple qu'il le régularisât; s'il ne le fait pas, il faudra bien qu'on se conforme aux règlements. Gela fera trois jours de cris, puis, les barbes coupées, ce sera fini. 31. d'Hautpoul est un homme étrange; il vous dit bien : « Laissez telle chose contraire aux règlements », puis, lorsqu'on lui dit : « Envoyez-m'en l'ordre par écrit », il recule.
SI. — J'ai été visiter le fort de la Duchère, au-dessus de Vaise.
J"ai traversé, en allant et en revenant, le faubourg de Vaise; j'ai remarqué l'empressement des ouvriers à se porter sur mon passage pour me saluer. Ils passent cependant pour être « démoc-socs » ; les femmes s'en mêlent et me font de grandes révérences.
Le général Rostolan me mande de Montpellier, par dépèche télégraphique : « L'arrestation de plusieurs chefs d'une société secrète a eu lieu à Béziers sans résistance; des costumes particuliers, des ceintures rouges et des notes écrites qui font la preuve d'une vaste conspiration ont été trouvés chez eux. La tranquillité règne dans tout mon commandement. »
2 juin. — Belle parade sur la place Bellecour; cette parade était commandée par le colonel Sonnet, du 17^de ligne. C'est la première fois depuis longtemps qu'on voit à Lyon les cuirassiers à la parade; ils ont fait grand effet.
On crie peu : t Vive la République! » maintenant : un seul homme du peuple a poussé ce cri, il n'a pas eu d'écho. L'affluence était pourtant considérable.
Il y avait beaucoup de monde le matin à la procession faite par le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, sur les quais et dans les rues avoisinant la cathédrale. Les habitants avaient
orné la façade de leurs maisons; cela s'est passé dans le plus grand ordre.
4, — Une députation de cinquante fabricants ou propriétaires de la Croix-Rousse, présidée par M. Aubertier, ancien représentant de la Constituante, fort honnête homme, est venue m'assurer de son concours. Cela prouve une grande amélioration dans l'opinion. Il y a peu de jours encore, ces conservateurs n'eussent pas osé faire cette petite manifestation. M. Aubertier a commencé par me dire que ces fabricants s'étaient empressés de se rendre auprès de moi pour me témoigner leurs sympathies et leur dévouement, et qu'ils avaient voulu me remettre par écrit l'expression de leurs sentiments.
J'ai remercié avec effusion les membres de la députation. Je leur ai témoigné combien une pareille démarche me touchait. J'ai dit que le concours de tous les honnêtes gens était nécessaire pour sauver la société; mes paroles ont été accueillieavec reconnaissance par les auditeurs.
Je me suis entretenu ensuite avec la plupart des membre> de la députation, et nous avons longuement causé de la ^fabrique, des besoins et des intérêts de la classe ouvrière.
Une descente de justice a été faite ce matin à Lyon, chez le sieur Tiphaine, ancien secrétaire de Caussidière. Il résulte des lettres trouvées que ses deux fils font, dans le 5' lanciers à Verdun, de la propagande socialiste et y organisent des projets de révolte. Un des fils Tiphaine annonce qu'il n'attend qu'un signal pour s'emparer, avec ses camarades réunis au 29» de ligne, de la ville et des remparts, sur lesquels doit flotter, dit-il. le drapeau de la démocratie.
5. — M. le lieutenant général comte de Maugny, gouverneur de la Savoie, est venu chez moi à neuf heures du matin à mon grand étonnemcnt. il m'apportait ma nomination et le^ insiirnes de crand cordon de Tordre religieux et militaire des Saints Maurice et Lazare.
iO. — J'ai été à la Croix-Rousse rendre visite aux principaux membres de la députation: j'étais suivi seulement de deux ordonnances, auxquelles j'avais recommandé de se tenir