‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 130 sur 206 · CHAPITRE IX. - JUIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. - JUIN

pérés; il y en avait un assez grand nombre. M. de Montalembert, quoique partisan du Président, en est désolé et m'en a entretenu: il en a parlé sérieusement au Président. M. Dupin s'en est allé et n'a pas voulu aller au bal, disant : . Ce monsieur (le Président) vient de faire une grande sottise. » Jai aussi de mon côté dit au Président que je ne croyais pas pouvoir profiter de l'autorisation qu'il m'avait donnée d'aller à Paris. Il m'a demandé pourquoi, ce qui m'a prouvé qu'il ne croyait pas que son discours fît un pareil effet; il m'a approuvé cependant (1). J'en ai dit autant au ministre de la guerre. Les ministres présents étaient MM. Magne, ministre des travaux publics, Faucher et Fould.

M. Léon Faucher est venu dire au Président qu'un conseil des ministres était nécessaire; on s'est retiré dans le salon de la loge du maire, où le conseil a été tenu. Les ministres ont offert leur démission; le Président a alors consenti à modifier son discours, et on en a arrangé un qui sera imprimé demain avec celui du maire. M. Léon Faucher est parti à minuit par un convoi.

Les dispositions de l'Hôtel de ville étaient magnifiques: la salle des tombeaux des ducs de Bourgogne était illuminée, et fort^ bien. On avait construit une superbe galerie pour aller de l'Hôtel de ville au théâtre, où se tenait le bal; il y avait des jets d'eau, c'était ravissant. La salle de spectacle, où le bal par souscription à cinq francs a eu lieu, était bien décorée; Il y avait, je suppose, trois mille personnes, de belles toilettes, de jolies femmes; cela était très bien.

Le Président a dansé une contredanse, puis, après être resté dans la loge du maire assez de temps, il s'est retiré à onze heures du soir. J'en ai fait autant un instant après; plus tard, le bal a été plus beau, à ce qu'on m'a raconté.

2. — Une locomotive est partie à cinq heures du matin pour porter à Paris, à M. Léon Faucher, le discours corrigé.

A neuf heures, le Président de la République s'est rendu au Parc pour passer la revue des troupes. Après avoir passé

(1) Plus tard, à Saint-Cioud, l'Empereur m'en remercia beaucoup.

314 JOURNAL DU MARÉCHAL DE CASTELLANE. devant elles, le Président est revenu au rond-point, où il a remis des croix.

J'ai ensuite fait défiler les troupes. La revue a été magnifique; il y avait une affluence énorme. J^ai accompagné le Président à la préfecture, où a lieu un grand déjeuner. M. Dupin s"est abstenu d'y venir.

Le Président a été ensuite visiter différents établissements; j'ai été l'attendre au débarcadère. Là, M. Dupin ma pris à part, et nous avons causé assez longtemps; il m'a parlé du discours, dautant moins compréhensible, m'a-t-il dit. que tout le monde est d'accord pour la prolongation actuelle de^ pouvoirs, que M. Mole y travaille, que le Président est un honnête homme, qu'il est mal conseillé, qu'on devrait le débarrasser des Persigny, Vaudrey et consorts. Si le discours était resté comme il a été prononcé, c'était le Président à Vincennes, ou l'Assemblée à la rivière. J'ai aussi causé ave.plusieurs députés. Certains qui sont entièrement bonapartistes, comme M. Abbatucci fils, ne louent pas le discours.

Dans une conversation que j'ai eue avec le Président avant déjeuner, je lui ai parlé de la loi de l'état-major général de l'armée. Ce que je lui ai raconté lui a fait effet, mais il a bien d'autres chats à fouetter pour le moment.

Le Président est arrivé à l'embarcadère avant l'heure; il m'engageait encore à partir avec lui, tandis que M. de Persigny, avec lequel j'en avais causé, trouvait très bien que je retournasse à Lyon.

A une heure de l'après-midi, le convoi est parti , emmenant le Président, les députés et autres personnes de Paris, qui étaient priées à l'inauguration de ce chemin de fer.

M. le maire de Dijon avait prié à déjeuner les principaux correspondants des journaux de Paris; au moment du départ de la préfecture du Président pour aller visiter les établissements, on est venu demander un des journalistes de la part de M. de Persigny; il est revenu un instant après, apportant une nouvelle édition du discours, où on laissait quelques-uns des principaux passages supprimés dans celui qui avait été affiché et remis aux journalistes. M. de Persigny lui a dit que

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