‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 133 sur 206 · CHAPITRE X. — JUIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — JUIN

conseil MM. Faucher, Magne, Buffet, ministres, qui sont venus au-devant de moi.

17. — J'ai fait ma tournée des ministres de la rive droite; ils ont tous été fort obligeants et très déférents pour moi. Partout on m'a fait compliment sur la situation de Lyon.

19. — J'ai été, le soir, chez ma fille Hatzfeldt, qui reçoit les jeudis; il y avait assez de monde. MM. Dupin et Thiers y étaient, le ministre des affaires étrangères, Baroche, le nonce du pape Garibaldi, Donoso Gortès et d'autres diplomates.

20. — Le général Chargarnier est dans l'opposition la plus vive contre le Président. Il est opposé à la revision et se persuade, fort à tort, quil sera élu Président lui-même en 1852 ; il se trompe fort. Depuis les événements de Février, le service énorme qu'il a rendu le 16 mai, en faisant battre le rappel à la garde nationale (ce qui a sauvé le pays ce jour-là), la fermeté et l'activité qu'il a montrées comme ami de l'ordre, les postes élevés qu'il a occupés, lui ont fait une grande réputation, à Paris surtout; mais cela ne fait pas qu'en France il soit connu des masses, parce qu'il n'y a pas véritablement bataille gagnée dont il puisse se vanter. Il y a eu un moment, du temps de la commission de permanence, où il a cru qu'il pouvait lutter contre le Président et le renverser. Il se croyait soutenu par le Parlement. Mauvais moyen! Lorsqu'il a fallu agir, il lui est advenu ce qui ne pouvait pas manquer de lui arriver, qu'il a été abandonné, et sa chute s'en est suivie.

21. — he général Roguet; aide de camp du Président, m'a écrit à dix heures que le prince Louis-Napoléon m'invitait à l'accompagner à la revue, à me trouver à midi et demi à l'Elysée, qu'un cheval du prince serait à ma disposition.

Lorsque je suis entré à l'Elysée, la garde a pris les armes; j'ai voulu l'en empêcher. J'ai dit ensuite au général Roguet qu'on ne devait d'honneurs qu'au Président. 11 ma répondu qu'il le savait bien, mais que le prince avait donné l'ordre que pour le maréchal Exelmans, le prince Jériime, le général Baraguay d'IIilliers et pour moi, la garde prît les armes. Le prince est sorti un moment après, etje lui ai demandé la permission de l'entretenir un instant de moi. Je lui ai dit que, dans

viniït et un mois, quelques services que je rendisse, si la loi n'était pas changée, je serais mis à la retraite, que je n'étais pas susceptible d'être maréchal de France, quand tous mes cadets l'étaient, d'après la loi, pour avoir commandé huit jours

en Afrique.

Le prince m'a répondu qu'en ce moment j'étais nécessaire à Lyon, mais que d'ici un an la loi serait changée. Je lui ai alors dit que je demandais le titre de général en chef de l'armée de Lyon, comme le général Baraguay d'Hilliers l'était de celle de Paris: il m'a répondu, sans me rien promettre, que quand cela ne serait que comme récompense de mes anciens services, on devrait le faire. Le prince a été fort

obligeant.

Nous sommes montés à cheval, le prince m'a appelé pour me placer à sa gauche, le ministre de la guerre étant à sa droite. Nous avons été au Champ de Mars, où le général Baraguay d'Hilliers l'a reçu à la tète de la V* division. Les troupes étaient belles; ellesont, en général, mal défilé, l'infanterie par bataillons en masse. La gendarmerie mobile et la garde républicaine sont peu exercées.

Nous avons ensuite accompagné le prince à TEh-sée.

22. — Le ministre de la guerre Randon nous a donné un beau festin; il y avait quarante-quatre personnes. M. de Hubner, ministre d'Autriche, mon gendre Hatzfeldt, ministre de Prusse, et autres diplomates, étaient à ce dîner, où il y avait aussi une foule de généraux, parmi eux les généraux Korte, Le Flô et Canrobert.

23, — J'ai dîné chez le Président de la République : il y avait trente personnes, parmi lesquelles la princesse Demidoff. la comtesse Daru. Mme de Belmont. Mme Giraud, femme du conseiller de l'Université qui a été ministre provisoire, ma fille Contades, Mme Drouyn de Lhuys. Je lui ai donné la main: j'étais entre elle et la princesse DemidofT,

Après le dîner, le général Roguet. puis le commandant Fleury. m'ont dit que le Président désirait que j'assisUssc demain à la revue, qu'il avait donné ordre de tenir un de ses chevaux à ma disposition. J'ai fait l'observation que je partais

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le soir; j'ai vu clairement que cela contrarierait le prince si je n'y allais pas; le général Roguet m'a dit que cela faisait bon effet pour les troupes. Quoiqu'une revue au moment de se mettre en route ne soit pas un repos, le Président m'en ayant parlé lui-même, j'ai accepté. Il m'a parlé lui-même de mon titre de général en chef; il en parlera demain au conseil, et il est dans l'intention de me le donner.

24. — J'ai accompagné le Président à la revue de la division Guillabert au Champ de Mars. Les troupes étaientbellesj'ai remarqué seulement au défilé que beaucoup d'officiers, au lieu de marcher à deux pas de leur peloton, en étaient souvent à dix ou douze pas, ce qui est une preuve que beaucoup de détails sont négligés.

Il y a eu quelques cris de : « Vive Napolé on ! >. en allant, et aussi de : « Vive la République! » mais en revenant j'ai été frappé de la foule compacte qui a suivi depuis l'allée des Veuves en criant : « Vive Napoléon! » ou : « Vive le Président à vie! » On dit même qu'il y a eu des cris de : « Vive l'Empereur! » mais je ne lesaipas entendus. Pendant le défilé j'étais à côté du ministre de la guerre; il m'a dit que le Président lui avait parlé de mon désir d'avoir le titre de général en chef, qu'il allait s'en occuper et rédiger le décret qu'il croyait néces^ saire. Il m'a exprimé le regret de ce que cela ne pouvait être fait avant mon départ, ce qui prouve que le prince Louis- Napoléon lui a exprimé ce désir. Lorsque le Président m'a fait ses adieux, il m'a dit qu'il avait parlé au ministre de la guerre de mon titre de général en chef, et que cela allait s'arranger.

Ma belle-fille Gastellane est justement arrivée pour me faire ses adieux au moment de mon départ, avec ma petite-fille Marie, qui a onze ans et qui vient de faire sa première communion. J'ai été charmé pendant ce voyage de revoir mon bon ?endreetma fille Ilatzfeldt, ma fille Gontades, mon fils Pierre. Vu reste, pendant ces huit jours que j'ai passés à Paris, il est mpossible d'être mieux accueilli que je l'ai été par tout le nonde; chacun m'a témoigné sa reconnaissance des résultats lue j'ai obtenus à Lvon.

Divisés comme le sont les partis, un plus long séjour à Paris ne pourrait qu'être fort ennuyeux, chacun cherchant à me questionner et interprétant mes paroles dans le sens qui lui convient; aussi ai-je été peu dans le monde. Je me suis borné aux visites officielles aux ministres, au Président. J'avais mis une carte le lendemain de mon arrivée chez le général Changarnier; il n'est venu chez moi qu'aujourd'hui, un peu avant mon départ, me disant qu'il était à la campaiîne et qu'il me croyait parti. Notre conversation a été amicale; nous avons évité l'un et l'autre de parler politique. Je suis parti à huit heures cinq minutes du soir par le train

express.

2o. — Je suis arrivé à Chalon à cinq heures du matin. J'étais à deux heures de l'après-midi au quartier général de Lyon; parti de chez moi à sept heures du soir, cela fait réellement dix-neuf heures. Le trajet se ferait hardiment en douze si le chemin de fer de Chalon à Lyon était fait. C'est cependant une grande amélioration de pouvoir venir de Paris à Lyon aussi rapidement.

A la descente du débarcadère de Lyon, j'ai trouvé le général Deshorties, qui est ensuite venu chez moi, ainsi que le général Duchaussoy, puis le général Mellinet, qui commence à pouvoir un peu marcher. On avait fait courir le bruit, pendant mon absence, que j'étais envoyé à Alger ou à Rome. On considère ma présence comme un gage de tranquillité à Lyon; aussi était-on un peu inquiet de mon absence, et on a été enchanté de mon retour.

07 Les religieuses du Sacré-Cœur des Chartreux, doui la supérieure Marie de Jésus était venue me voir, il y a environ un an, pour me prier de les garantir des insultes dont leur couvent était l'objet et de recommander leur maison au poste voisin, ce que j'ai fait, m'ont envoyé, il y a quelque temps, une magnifique descente de lit en tapisserie avec mes arme- On a admiré cet ouvrage à Paris; il était accompagné de vers à ma louange, moins admirables que la tapisserie. J"ai chargé ma fille Ilatzfeldt de m'acheter un présent pour cette supérieure; elle a trouvé chez Giroux un joli bénitier. Je lai

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