‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 134 sur 206 · CHAPITRE X. — JUILLET · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — JUILLET

rapporté, et, chargé de mon présent, je suis monté aujourd'hui à la côte des Chartreux.

J'ai visité le couvent, où il y a quarante religieuses et vingt Sœurs converses; elles se livrent à l'éducation et ont en ce moment cent trente pensionnaires de six à vingt ans.

On a rangé en bataille toute la pension dans une énorme salle, les religieuses en arrière des élèves, puis au centre vingt-quatre jeunes filles en blanc couronnées de roses avec de petits paniers remplis de feuilles de roses. On avait fait ces préparatifs pendant que je visitais la maison; lorsque je suis entré dans la salle, on m'a prié de m'asseoir dans un grand fauteuil, puis on a entonné des chants. J'ai cru d'abord que c'étaient des cantiques; mais, sur l'observation de l'aumônier, je me suis aperçu que c'étaient des chants à ma louange dans le genre des vers qui accompagnaient le tapis. Cela a été assez long. Je me suis levé, j'ai fait une grande révérence et j'ai demandé un congé que la supérieure a gracieusement accordé; il y a eu un applaudissement général, puis j'ai été couvert de feuilles de roses par les jeunes personnes. J'ai fait le tour de la salle, j'ai parlé à un grand nombre, mais je dois le dire : il y en a peu de jolies. A ma sortie, j'ai été encore couvert de salves d'applaudissements. La supérieure m'a reconduit au parloir avec une religieuse et l'aumônier, et m'a renouvelé ses remerciements pour le bénitier, qui a fait un grand effet dans la communauté; on parlera longtemps de ma visite. Ce couvent d'éducation est bien tenu et en voie de prospérité; la supérieure est fort bien. Nous nous sommes quittés fort contents l'un de l'autre.

30. — Les processions de l'octave de la Fête-Dieu ont eu lieu hier à Lyon avec une grande pompe. Bon nombre de démocrates y envoient leurs enfants bien frisés et couverts de fleurs ; on cite ce propos d'un perruquier rouge : « Je n'aime pas les processions, mais cela me vaut de l'argent. » Le fait est que les processions occasionnent à Lyon une dépense énorme qui profite au petit commerce; presque toute la population était dehors, et le calme a été parfait.

1" juillet. — Le capitaine Dupas, du 5* de cuirassiers, ayant

rencontré dimanche dernier une procession, la tête de son escadron s'arrêta, sur l'avertissement d'un gendarme. Cet officier se porta, en colère, à la tête et cria : « En avant! . Cela a mis du désordre dans la procession. Je lui ai infligé huit jours d'arrêts de rigueur. Un bataillon du 63«. au contraire, s'est arrêté et a rendu les honneurs au Saint Sacrement, conformément au règlement. Cela a diminué le scandale causé par la conduite du capitaine Dupas. J'avais reçu une plainte du clergé. C'est le seul fait regrettable auquel aient donné lieu les processions non seulement à Lyon, mais dans tous les endroits dont je reçois des rapports.

6. — L'affluence sur la place Bellecour à la musique, entre sept et huit heures du soir, était considérable, à cause du dimanche. Il y avait des chaises dans presque toutes les allées. Quoiqu'il y ait plus d^in an que je sois à Lyon, l'empressement à m-entourer, loin de diminuer, semble aller crescendo. Je me suis assis un moment; alors la foule était tellement considérable qu'elle était sur le point de renverser les chaises des personnes assises près de moi. On met aussi un grand empressement à me saluer. La nouvelle police de Lyon n'est pas encore organisée et ne le sera probablement pas avant un mois. Entre l'ancienne et la nouvelle, cela va comme cela peut; heureusement tout est fort calme pour le

moment.

.9. Mi?r d'Héricourt, évêque d'Autun, vient de mourir (dans la nuit du 7 au 8). Javais été à même d'apprécier ce diffne prélat. Il était impossible d'imprimer une direction plus ferme et plus sage au clergé de Saône-et-Loire. comme aussi de dépenser plus généreusement sa fortune particulière; elle aura passé tout entière en fondations religieuses et en

charités.

II,— 3e suis tombé de mon haut en voyant entrer, à onze heures et demie du matin, dans mon cabinet, M. de Cheppe, directeur du télégraphe à Lyon; il ma dit: « Comme c'est une chose qui vous est personnelle, j'ai voulu vous remettre cette dépêche moi-même. Cela vous sera agréable, mais ce sera un grand malheur pour Lyon. » En me voyant changer de visage

Page 1