CHAPITRE X. — DKCEMBRE
un bonnet rouge; devant, un morceau noir pend jusqu'au milieu du corps et n'a que deux trous pour les yeux. Le tout est d'une seule pièce, en soie ou filoselle, rouge et noire.
21. — Malgré la surveillance exercée, la contrebande de la poudre est toujours très active sur la frontière du Jura. Les socialistes sont bien organisés dans ce département et prêts à profiter d'un événement auquel ils s'attendent. A Lyon, la police m'ayant informé que les démocrates se vantaient de se procurer de la poudre par quelques artilleurs, la plus grande surveillance a été exercée, et on est parvenu à découvrir les coupables.
Les réfugiés groupés sur notre frontière et les sociétés suisses s'agitent beaucoup. La masse des émigrés français, allemands et italiens continue à se tenir à Genève et aux environs. D'après les évaluations les plus modérées, leur chiffre dépasse sept cents. Vingt-cinq mille ouvriers allemands parcourent constamment la Suisse; ils font presque tous partie des associations secrètes qui sous le nom de Deutschwerein couvrent la Suisse, sous la direction suprême du comité qui est à Genève. Le programme de l'association est de réclamer, les armes à la main, l'organisation de la République pour l'Europe entière et la destruction de toutes les institutions qui peuvent servir d'appui à la monarchie, à la religion, à la propriété et à la famille.
D'après les papiers saisis lors de la découverte de la conspiration de Morat, il existe à Paris et à Lyon des sociétés secrètes de cette espèce. Une organisation complète est donnée à ces légions d'anarchistes. Un mouvement sérieux venant à éclater en France, on les trouverait armées et prêtes à agir. La pensée dominante de la démagogie est de faire du territoire de la Confédération suisse le camp retranché de la révolution européenne.
25. — Le maire de la Guillotière a fait abattre hier l'arbre de la liberté. Cela n'a produit aucun émoi; seulement, quelques démocrates se sont rendus individuellement auprès de l'arbre et en ont emporté de petits morceaux.
3 décembre. — M. Cheppe, directeur du télégraphe, est entré à deux heures et demie chez moi, m'apportant la
dépêche télégraphique ci-après du ministère de la guerre de Paris, du 2 décembre à huit heures et demie du matin. La ligne n'étant pas ouverte entre Tonnerre et Lyon, la dépêche est passée par Bordeaux, Toulouse, etc., est arrivée à Valence à quatre heures du soir; le temps ne lui a pas permis de venir à Lyon, et elle a été expédiée par estafette au directeur du télégraphe, qui l'a reçue, lui, à une heure et demie du matin; il a fallu ensuite la déchiffrer^ puis me l'apporter.
« L'Assemblée voulait renverser le gouvernement et compromettre le repos de la France. Elle a été dissoute. Le Président fait un appel à la nation et à larmée; il maintient la République. Vous recevrez ses proclamations. Sauvegardez la tranquillité. »
Je me suis levé immédiatement. J'ai fait appeler le commandant de la place, et je lui ai donné des ordres, puis j'ai prescrit aux officiers généraux, à l'intendant, aux chefs de service d'être rendus à cinq heures du matin chez moi. Je leur ai lu la dépèche télégraphique leur annonçant que notre devoir était de maintenir J'ordre envers et contre tous; j'ai consigné toutes les troupes, j'ai doublé les postes, placé un bataillon à la préfecture, un bataillon à la gendarmerie, un bataillon à l'hôtel de ville, une division de cavalerie à la caserne de la gendarmerie, ordonné des patrouilles de cent hommes et de cinquante chevaux. J'ai donné des ordres pour que les troupes ne manquent pas de vivres et les chevaux de fourrage. M. le procureur général Gilardin, M. le maire Réveil sont venus me voir et m'assurer de leur loyal concours. M. de Vincent m'a envoyé son secrétaire général pour me consulter sur des arrestations qu'il méditait et qui n'ont point été faites. J'ai été le voir au moment où il sortait pour venir chez moi. Il a fait afficher la dépêche qu'il a reçue, et en-dessous une proclamation que je reproduis.
LE MLMSTRE DE l'i.NTÈRIEUR A MM. LES PRÉFETS.
« Le repos de la France était menacé par l'Assemblée : elle a été dissoute. Le Président de la République fait un appel à la