‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 148 sur 206 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Événements du 2 décembre et jours suivants à Lyon. — Je fais arrêter les chefs des sociétés secrètes. — Partout les troupes occupent leurs places d'alarme. — Aucun trouble ne se produit à Lyon. — Je suis nommé, le 7 décembre 1851, général en chef de l'armée de Lyon. — Abattement des démocrates. — Fondation de la Société des Vengeurs. — Insurrections dans la Drôme, l'Ardècho, les Basses-Alpes, etc. — Tous les partisans de l'ordre me remercient d'avoir maintenu la tranquillité à Lyon, sans tirer un coup de fusil. — Ltablissement des commissions militaires. — On met le département de l'Ardèche sous mon commandement. — Voyage à Saint-Etienne. — Les baptêmes socialistes. — J'écris au ministre de la guerre pour protester contre le droit de grâce accordé aux préfets, au détriment des commissions militaires. — Je suis nommé sénateur, le 1*' février 1852. — Je pars pour Paris le 7 février.

— Je vois le Prince Président, M. de Persigny, le grand référendaire d'Hautpoul. — Je veu.x remettre au Président des lettres qu'il m'avait écrites confidentiellement en septembre 1851 ; il me prie de les garder.

— Opinion de M. Mole sur le général Changarnier. — Bal du ministre de la guerre Saint- .\rnaud, le 11 février. — Je fais donner au duo de Mortemart le commandement de la division de Bourges. — Retour à Lyon, le 15 lévrier 1852. — Je fais respecter les règlements relativement au port de la barbe. — Sottise du colonel Anibert à ce sujet. — Le ministre de la guerre prend une décision jiermeltant la moustache et la mouche.

— Mort de la maréchale Soult. — Passage à Lyon dos condamnis à la transportation du Doubs. du Jura et de Saône-et-Loire. — Je me rends à Paris pour la session du Scnal. — Hùlo ridicule du prince Jérôme. — Visites au Prince Président et aux ministres. — Je pose, à Lyon, le 20 avril 1852, la première pierre de la statue de l'empereur Napoléon !•'.

— M. Brct est nommé préfet du Rhône.

Le général Desmoltes a apporté à midi les procIamation> de M. le Président; on les a imprimées sur-le-champ. Les nouvelles apportées de Paris par cet officier général ont fait grand plaisir.

A Lyon, d'après les rapports de police, les sociétés secrètese sont d'abord mises en permanence, puis les réunions d< la Croix-Rousse et de la Guillotière se sont dissoutes. \v-

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forces leur manquant; elles ont motivé leur inaction en disant : « Le Président nous rend le suffrage universel; pourquoi nous battrions-nous? Nous nous compterons au scrutin. »

Il existe une certaine inquiétude. Le directeur de la Banque est venu déclarer au préfet du Rhône que, si on ne lui envoyait pas des fonds de Paris, il ne pourrait satisfaire à toutes les demandes.

L'attitude des troupes est très bonne, il n'y a pas la moindre hésitation dans Texécution des ordres.

Je viens de voir à THôtel de ville, à la gendarmerie et à la préfecture, les bataillons de piquet; ils sont, comme les troupes de toutes armes, dans les meilleures dispositions. Il y a de la foule dans les rues, quelques mauvaises figures; plusieurs ouvriers se sont montrés insolents. Trente-cinq mandats d'amener sont lancés, pour être mis à exécution pendant la nuit, contre les principaux chefs des sociétés secrètes. Les ouvriers ont, en général, abandonné leurs ateliers, ce qui explique l'affluence. On ne laisse pas former les groupes, et jusqu'ici ils se dissipent sans résistance. La population s'est montrée, comme à l'ordinaire, respectueuse à mon passage.

0 heures du soir. — On me signale à Tinstant une certaine agitation à la Croix-Rousse et à la Guillotière, où les démocrates font des menaces pour la nuit; nous sommes sur nos gardes.

8 heures du soir. — Je descends de cheval. J'ai été informé par la police que les démocrates avaient pris leurs dispositions pour attaquer dans la nuit l'IIùtel de ville et occuper le centre de la ville. Les conseillers municipaux de la Guillotière Hont à la tète du mouvement; s'ils échouent, ils annoncent lintention de partir demain par les bateaux pour révolutionner le Midi. Ils ne craignent, à ce qu'ils disent, que la cavalerie.

9 heures du soir. — Les troupes sont pour la plupart rendues à leurs places d'alarme et disposées à agir vigoureusement. Le colonel (iriffon défendra l'IIùtel de ville; le général Mellinet devra enlever le quartier de la G renette.

ii heures du soir. — J'ai reçu un nouvel avis de la police

portant : « Les démocrates, qui s'étaient donné rendez-vous dans le pâté de la Grenette, rues et places adjacentes, viennent de recevoir l'ordre de se retirer Leur plan de guerre dans Lyon a échoué par le refus qu'ont fait les ouvriers de la Croix- Rousse de se joindre aux frères et amis de la Guillotière par les motifs, tout-puissants pour eux, de défaut d'ordres des représentants de la Montagne. »

Le vrai motif est l'absence d'un grand nombre de démocrates. Par suite des mesures prises pour réprimer toute tentative d'insurrection, ils n'ont pas osé venir au rendez-vous. Ils disent que c'est partie remise. Il y a gros à parier qu'ils n'oseront pas plus bouger demain qu'aujourd'hui.

J'ai fait délivrer une ration de vin à chaque sous-officier et soldat, et du bois pour les bivouacs. Je ne puis assez faire l'éloge des troupes; de l'officier général au soldat, tout le monde a montré zèle, activité, dévouement; Tordre et l'attitude militaires ont été remarquables.

La tranquillité sera maintenue à Lyon, quoi qu'il arrive; toute tentative de désordre sera rigoureusement réprimée.

4. — La prise d'armes de cette nuit et la reculade des démocrates, qui en a été la suite, ont fait à Lyon un excellent effet. Différents rapports portent que les rouges sont déconcertés, démoralisés et de plus persuadés que jamais, à Lyon, ils ne pourront rien tenter avec succès en fait de désordre.

La journée du 4 s'est passée tranquillement à Lyon; tout annonce qu'il en sera de même pour la nuit.

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