CHAPITRE XI. - JA.NVIEn lSo
*. - La ville de Sainl-Ktienne vient de m'envoyer. par une deputation, une invitation à un bal qu'elle donnera le dimanche H janvier à l'Hôtel de ville, pour célébrer le plébiscite du 2 décembre. Je me rendrai en conséquence à Saint- . ttienne dans l'après-midi de ce jour-là, et je serai de retour a Lyon le 12 au matin.
il. - Je suis parti de Lyon par le chemin de fer de Saint- Etienne à dix heures et demie du matin avec M. de Gramont, mon officier d'ordonnance. .Nous sommes arrivés à une heure de 1 après-midi au débarcadère de Saint-Étienne, où j'ai trouvé M. Bret, préfet de la Loire, avec les conseillers de préfecture, M. le général de brigade Richepanse, l'adjoint, M. Quentin, faisant fonction de maire, et les membres du conseil municipal, le procureur de la République. Nous avons fait un échange de petits discours. Je suis monté à cheval, j'ai passé la revue des troupes sur la place.
J'ai eu une conférence avec le préfet Bret, le général Richepanse, M. Collet-Meygret et le procureur de la République Durand-Fornas. Celui-ci est d'origine Cavaignac, ce qui fait qu 11 inspire de la méûance. Tous les points en litige ont été règles dans cette conversation. J'ai été bien net, et chacun est sorti avec la conviction qu'il faut agir avec vigueur. J'ai fait un grand discours au maire et au conseil municipal; je leur ai démontré que tout n'était pas fini, qu'il fallait de la vigueur pour triompher des sociétés secrètes et pour appliquer le décret de Louis-Napoléon.
La commission militaire ne marche pas à Saint-Étienne Le procureur général m'avait déjà parlé, avant mon départ de Lyon, de 1 avantage qu'il y aurait à faire opérer par la corn mission militaire de Lyon pour la Loire, comme elle le fait pour l'.Ain. Le préfet de la Loire, le procureur de la République et le général Richepanse à Saint-Étienne ont été aussi de cet avis. J'ai en conséquence pris un arrêté pour faire cesser les fonctions de la commission militaire de Saint-Étienne. et j'ai fait envoyer les dossiers à la commission militaire de Lyon L'illumination en Ihonneur du Président a été générale et le bal à lilùtel de ville a été superbe.
14. — Le total des transportés connus jusqu'à aujourd'hui est de 276, dont 98 pour Cayenne et 178 pour Lambessa.
27. — Le Président a créé, le 22 janvier, un ministre d'Etat, M. Casablanca; il sera sur le même pied qu'était le ministre Maret sous l'Empire. Il a créé aussi un ministère de la police pour M. de Maupas. M. de Persigny remplace, au ministère de l'intérieur, M. de Morny. M. Rouher est remplacé aux sceaux par M. Abatucci; M.Fould aux finances par M. Bineau.
28. — Le citoyen Boniface, de Vaise, actuellement détenu, avait créé dans cette commune une religion anticatholique. Cet hérétique baptisait les enfants de tous les socialistes, leur imposait l'obligation de ne jamais entrer dans une église. Lorsque les parents d'un socialiste voulaient faire rendre les honneurs à un mort, ils restaient tous à la porte. Dès qu'il y avait un nouveau-né à Vaise d'un père socialiste, ce dernier se rendait chez Boniface; ce grand maître désignait l'heure et le lieu de la cérémonie. Boniface procédait au baptême de l'enfant en prononçant sacramentellement les paroles suivantes : « Enfant, je te baptise au nom de la République
démocratique et sociale, de la liberté, de l'égalité, de la fraternité. » Ces enfants étaient reçus au berceau membres de la société des Carbonari.
30. — Une circulaire télégraphique du ministre de l'mtérieur à MM. les préfets, du 29 janvier, leur prescrivant de mettre en liberté tout ce qui n'est pas gravement compromis, n'est sans doute pas applicable aux départements en état de siège. Cette mesure annulerait et découragerait les commissions militaires qui ont rempli avec un grand dévouement de pénibles fonctions. Mieux vaudrait supprimer les commissions militaires, laisser cours à la justice, la magistrature instruisant, le militaire revendiquant. Cette extension du pouvoir donnée aux préfets dans les départements qui sont en état de siège serait contraire à la loi. Les anarchistes y verraient un encouragement. Les rouges sont encore contenus, mais non convaincus et prêts à rallumer la guerre civile dès qu ils l'oseront. Si Tétat de siège était levé, ma conviction est qu'avant trois mois nous nous battrions dans mon comman-