‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 158 sur 206 · CHAPITRE XI. — AVRIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — AVRIL

fort polies; il y avait foule chez lui. Ce ministère deviendra le plus influent, parce que c'est lui qui soumet le travail des autres ministres au Président; ce qui avait lieu sous l'Empire.

31. — Il est venu pas mal de monde à mon audience de onze heures à une heure. On me croit un énorme crédit que je n'ai pas du tout. C'étaient M. Neveu, préfet de la Gironde révoqué, qui veut ravoir une préfecture; M. de la Preuille, secrétaire général de la Seine-Inférieure à l'époque de la révolution de Février, qui en veut une; M. Charles Darcel, membre du conseil général de la Seine-Inférieure, qui s'est aussi mis dans la tète d'être préfet, sans y avoir aucun droit, parce qu'il a vu d'autres gens en obtenir, et de trois pour les préfets; M. Loiseau, procureur général à Besançon, qui veut avoir la présidence de cette cour vacante, etc., etc. C'est à n'en plus finir des solliciteurs pour les places de tout genre, depuis celle d'huissier jusqu'aux plus élevées. Puisque cela est ainsi pour moi, qui ne dispose que de ce qu'on appelle mon crédit, jugez de ce que cela est pour ceux qui donnent des places. M. de Persigny raconte qu'en une heure on lui a demandé trente-cinq sous-préfectures.

i"' avril. — J'ai été à deux heures au Sénat, où on a voté séance tenante une dotation de douze millions pour le Président, avec la jouissance des palais royaux, des châteaux et des chasses, des forêts de Fontainebleau, Compiègne, Saint- Germain, Saint-Cloud. Il n'aura pas le revenu des forêts; elles seront administrées par l'État, il payera l'entretien des châteaux. Le vote a été unanime; il n'y a pas eu la moindre observation. C'est un plaisir de voter de cette manière. A la Chambre des pairs, il aurait fallu sept ou huit séances de discussions.

4. — J'ai été convoqué, comme sénateur, pour assister, à la chapelle des Tuileries, à la remise de la barrette du cardinal Donnet. La cérémonie a été fort belle. Le prince Président s'est ensuite rendu dans la salle du Trône, où le cardinal Donnet lui a fait un bon et beau discours, auquel le prince Louis-Napoléon a parfaitement répondu. Le prince Louis- Napoléon est ensuite descendu dans la cour des Tuileries, où

il a passé la revue de plusieurs régiments. Les troupes ont défilé aux cris de : < Vive l'Empereur! > La revue a été fort belle, et le plus grand ordre a régné.

J'ai fait différentes visites, et à sept heures j'ai été dîner chez le prince Président. Il n'y avait en étrangers que M. Vieillard, qui y dîne, je crois, quand il veut; le colonel Leritz, du 68s le colonel B..., du 12« léger. Ce dernier, pour faire sa cour, avait mis un immense aigle sur son shako, et l'avait placé sur une console, de manière que le prince Président le vît en revenant.

Après le dîner, j'ai beaucoup remercié le prince Président de la dotation de trente mille francs qu'il m'a accordée, lui disant que cet argent sera employé, comme celui que je touchais déjà, à m'en faire honneur dans l'intérêt du service. Il m'a dit qu'il le savait bien, et il a été fort aimable à ce sujet.

6. — M. de Persigny, ministre de l'intérieur, est venu chez moi et, ne m'ayant pas trouvé, m'a fait dire, sachant que je partirais à sept heures, qu'il m'enverrait à six heures son chef de cabinet. C'était pour avoir mes observations sur les maires et membres du conseil municipal de Lyon qui sont proposés par M. de Vincent. Cela m'a prouvé que le prince Président n'oublie rien, car il m'avait dit dans ma conversation qu'il voulait que je fusse consulté. Il a évidemment donné l'ordre à M. de Persigny de me soumettre la liste. Ces propositions n'étaient qu'une liste de noms, sans annotation aucune sur la position de fortune, les antécédents, l'Age, la capacité. Excepté pour quelques-uns, il m'a été impossible de rien dire. J'ai fait observer au secrétaire qu'il y avait là beaucoup de noms qui m'étaient inconnus; que si on voulait des renseignements positifs de moi, il fallait m'envoycr la liste à Lyon. Ce secrétaire est, du reste, fort bien et a très bien compris la portée de tout ce que je lui disais.

Je suis parti par le train du soir pour Chalon, où je suis arrivé à quatre heures et demie du matin; puis nous sommes partis à six heures par le bateau à vapeur.

7. — Je suis débarqué à onze heures et demie du matin à Lyon. J'ai repris à midi le commandement de la S' division

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