‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 171 sur 206 · CHAPITRE XII. — SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — SEPTEMBRE

2 décembre, on aurait sans doute fait là-dessus une belle histoire sur le Président envoyant chercher le cardinal archevêque de Lyon par un sergent de ville; il était tout aussi innocent que moi de cette bêtise. Je vais raconter l'histoire au Président, etcela dure assez longtemps. Enfin M. du Terrail revient encore me dire qu'il n'a pas trouvé le cardinal, que ce dernier n'est pas chez lui, qu'il a été voir le feu d'artifice et qu'un de ses gens, qui sait où il est, a été le chercher. Je réexpédie encore mon du Terrail au cardinal, je rends compte au prince qui attend toujours dans le salon et qui, de guerre lasse, rentre dans son appartement. Enfin je vois déboucher dans la cour une robe rouge, à ma grande satisfaction. Le cardinal de Donald monte tout essoufflé. Je lui dis que le prince l'a fait appeler pour lui remettre la croix de commandeur; la jubilation se peint sur son visage, il s'étend en excuses sur ce qu'il s'est fait attendre. Je fais annoncer au prince son arrivée; il fait redemander la croix de commandeur et nous fait entrer dans sa chambre; je suis le cardinal en restant à l'entrée. Le prince lui a remis la croix de commandeur avec des paroles gracieuses. M. de Donald a repris que la recevoir des mains de Son Altesse en doublait le prix, et il l'a assuré, avec effusion et reconnaissance, de son dévouement. Puis M. de Donald, en sortant de la chambre du prince, s'est arrêté un moment, fort satisfait, dans le salon de service. Nous lui avons attaché sa croix de commandeur.

A neuf heures et demie, le prince, à travers des flots de population, s'est rendu au bal du Grand Théâtre.

On avait construit au théûtre, à la hauteur des galeries et des premières, une magnifique estrade avec deux escaliers descendant dans le parterre, transformé en salle de bal. Rien n'était plus magnifique que cette salle garnie de femmes très élégamment mises, bien éclairée du haut jusqu'en bas. La tribune du prince, construite par M. Dardelle, architecte de la ville, était de très bon goût. La salle a retenti des cris de : « Vive l'Empereur! » à l'entrée du prince et à sa sortie. Il a fait asseoir le ministre de la guerre à sa droite et moi à sa gauche; il a ouvert le bal avec la fille du préfet, M. Dret.

A onze heures du soir, le prince est sorti du bal que la ville a donné. Partout sur son passage le même enthousiasme s'est manifesté; sa voiture, suivie d'une foule énorme, a traversé au pas la distance qui séparait le Grand Théâtre de son hôtel.

20. — A onze heures, le prince est monté à cheval, et, suivi de son état-major, il a, sur la place Bellecour, passé en revue l'armée de Lyon. Cette revue a eu lieu au milieu d'un concours immense de population et des cris répétés de : * Vive l'Empereur! » Une estrade a reçu les autorités, et le défilé s'est fait avec les acclamations les plus enthousiastes. Le prince s'est dirigé ensuite sur la place Napoléon. Le cortège a suivi la rue de Bourbon, dont toutes les maisons étaient pavoisées et ornées de guirlandes ; les croisées et les balcons étaient occupés par des dames qui jetaient des fleurs et qui joignaient leurs voix à celles de la multitude pour crier : t Vive l'Empereur ! » Au moment où le prince est arrivé sur la place, la statue de l'Empereur a été dévoilée au bruit du canon, des fanfares militaires et des chants de huit cents enfants des écoles.

A l'inauguration de cette statue, malgré la défense des discours, M. Duhamel, maire du second arrondissement, président de la commission de la statue, ancien colonel d'artillerie, a voulu à toute force lire une harangue que personne n'a entendue. Le prince a répondu par un discours qui aura un immense succès et un grand retentissement dans le paj's.

Ce discours a été interrompu plusieurs fois par les bravos de l'assemblée et les cris de : « Vive l'Empereur! >

Le prince est remonté à cheval et s'est dirigé vers le fort de la Vitriolerie. On a fait sauter devant lui un cavalier. La mine a très bien réussi : puis le général Mellinet, commandant de la tranchée, a fait déboucher les cinq colonnes d'attaque pour le couronnement du chemin couvert. La défense a fait des sorties. Toutes ces opérations se sont faites avec beaucoup de régularité et d'ordre. Impossible de décrire l'enthousiasme des populations et la beauté du spectacle, favorisé par un temps magnifique. Le prince a ensuite été visiter les travaux; je lui avais remis, à son entrée dans le fort, un petit plan des tra-

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