CHAPITRE XII. — SEPTEMBRE
pompiers et une nombreuse population. A Rive-de-Gier, il est resté un quart d'heure, a donné deux croix à des industriels; il y avait plusieurs milliers d'ouvriers; j'ai reçu les légionnaires. II s'est arrêté à Givors pour déjeuner chez les parents du jeune M. Dugas, député, ce à quoi il s'était engagé par bonté et dont je suppose qu'il était fort contrarié, de même que sa suite. M. de Persigny ne s'en cachait pas.
De Givors à Lyon, toutes les populations s'étaient portées vers le chemin de fer, et le prince était, comme partout, salué des acclamations de : « Vive l'Empereur! >
Le train qui nous portait est arrivé à deux heures et demie au débarcadère de Lyon.
A son arrivée au débarcadère, le colonel Griffon a présenté au prince les clefs de la ville sur un plat d'argent; j'ai saisi cette première occasion de faire l'éloge du colonel Griffon. Le prince lui a laissé les clefs et a dit des paroles gracieuses. Le général de division Herbillon, commandant la division d'infanterie de l'armée de Lyon, était au débarcadère; le côté de la rivière était d'abord occupé par la belle division de cavalerie des 1" et 5* de dragons, 3« et 5« de cuirassiers; venaient ensuite les trois brigades d'infanterie ; la gauche du quai était occupée par les corporations.
Le prince est monté à cheval et s'est rendu à la préfecture, suivi d'une longue et brillante escorte tant civile que militaire; une foule immense remplissait les quais et la place Bellecour. Toutes les communes y étaient représentées; même entraînement des masses, mêmes acclamations qu'à Saint-Étienne et sur toute la route.
Une demi-heure après son arrivée, le prince a reçu les autorités et les corps constitués du département. A quatre heures et demie, il est sorti en calèche découverte pour assister aux régates sur la Saône. Le ciel était resplendissant.
Les régates où on a mené le prince ont été un spectacle fort ennuyeux : deux ou trois mauvais bateaux courant les uns après les autres, suivis d'autres qui recommençaient à leur tour la même cérémonie. Ce qui était beau, c'était Pimmense population agglomérée sur les quais. Le cardinal de IJonald a
fait avec beaucoup de grâce les honneurs de sa terrasse au prince Président: il l'a ensuite mené dans la chambre qu'a occupée l'Empereur, et qui est encore meublée telle qu'elle était alors. Le prince a ordonné à M. Fortoul de la faire restaurer. 11 est probable que l'ameublement entier de l'archevêché sera refait; il n'y aura pas de mal, car il en a grand besoin.
J'étais placé à table à la droite du ministre de la guerre, qui était en face du Président. Pendant ce voyage, jusqu'ici, j'avais toujours été placé à la droite du Président, ayant à côté de moi M. de Persigny, ministre de l'intérieur. Le Président a voulu faire honneur à M. de La Marmora, ministre de la guerre du roi de Sardaigne, envoyé pour le complimenter, et il l'a mis à sa gauche, à ma place.
Le prince avait à sa droite le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon. J'avais vu à celui-ci, toute la journée, la croix de la Légion d'honneur, que jamais je ne l'avais vu porter. Après le dîner, comme il était appuyé sur la cheminée, je lui dis : « Je ne savais pas que Votre Éminence fût officier de la Légion d'honneur. » Il m'a répondu : « Depuis onze ans seulement. » Cela m'a fait voir qu'il serait enchanté d'être commandeur, et j'ai été tout droit au prince lui raconter ce qui venait de se passer, lui expliquant qu'il serait bon et politique de donner au cardinal la croix de commandeur, que le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, avait une grande influence, etc. Le prince m'a dit de l'appeler, qu'il allait la lui donner, et il a fait demander une croix de commandeur. Je cherche le cardinal dans les appartements, on me dit qu'il est parti, qu'il vient de passer pour monter en voiture. Je trouve sous ma main le colonel Toscan du Terrail. mon chef d'état-major: je le charge de courir après le cardinal et de lui dire que le Président l'attend. Comme il était déjà monté en voiture et parti, M. du Terrail me dit qu'il a chargé une personne de confiance d'aller le prévenir. Je lui demande : « Quelle personne de confiance? » Il me répond : « Un sergent de ville. » Je lui prescris de prendre ma voiture et d'aller lui-même chercher le cardinal de la part du prince. Si la presse avait été libre comme avant le