CHAPITRE XIII. — SEPTEMBRE
dent à la porte de Grenoble, où l'on avait fait amener ses chevaux. Son entrée a été très belle. Le prince, un peu fatigué, ne s'est pas mis à table au grand dîner qu'il a donné à l'hôtel de la Préfecture, où il est descendu.
22. — A neuf heures du matin, le prince a reçu toutes les autorités. A midi, il a passé la revue des troupes au polygone; il a été accueilli aux cris de : « Vive l'Empereur f » L'enthousiasme était général. Après le défilé, qui s'est fait avec ordre à mon commandement, le prince a vu défiler pendant longtemps plus de trente mille habitants avec des drapeaux, les municipalités en tête, puis les anciens militaires. Le général de brigade en retraite Gorréard s'était créé général en chef de cette armée, qui n'aurait pas fini de défiler si le prince n'avait pas fini par passer devant leur front. Tout cela faisait retentir l'air des cris de : « Vive l'Empereur! »
Le prince est monté après la revue au fort de la Bastille; il a examiné avec soin les diff'érents ouvrages, s'est fait apporter les plans des fortifications de Grenoble. Il a écouté avec attention les observations du colonel de Ghabaud-Latour. On lui a présenté un ancien soldat de l'Empire, concierge des bâtiments militaires; il lui adonné la croix. Je l'ai reçu immédiatement chevalier de la Légion d'honneur; ce brave homme pleurait de joie. Du fort de la Bastille la vue est magnifique; on aperçoit une grande partie de la vallée du Grésivaudan.
Le prince s'est rendu au bal, ayant dans sa voiture le ministre de la guerre, M. de La Marmora, ministre de la guerre du roi de Sardaigne, et moi. Le bal dans la salle des halles, magnifiquement ornée et éclairée, était très beau. Le prince a ouvert le bal; il y a été reçu comme il l'a été toute lia journée sur son passage dans la ville, avec enthousiasme, aux cris de : « Vive l'Empereur! » La ville était bien illuminée.
J'ai présenté au prince, au bal, le marquis d'Ars, dont un des aïeux était capitaine des hommes d'armes de Bayard; il est d'une des meilleures familles du Dauphiné. G'est un homme de cinquante ans, grand et gros, très riche; il était très légitimiste. Ce n'est pas sans peine que je l'avais engagé à accepter la mairie de Moirans; maintenant il est tout à fait rallié au
Président, et il lui a fait, à Moirans, une superbe réception. Le prince part à huit heures pour Valence; je prendrai congé de lui demain dans cette ville.
23. — Le voyage du prince, de Lyon à Grenoble . de Grenoble à Valence, a été une marche triomphale au milieu des populations accourues de toutes parts sur son passage, l'accueillant avec enthousiasme, aux cris de : « Vive lEmpereur! » L'entrée de Grenoble a été magnifique; celle de Valence, le 23, ne lui a cédé en rien.
Les arcs de triomphe, de Grenoble à Valence, ont cette inscription : « Vive Napoléon III! » Ce crise mêle, à Valence, à ceux de : « Vive l'Empereur! »
24. — Le prince s'est rendu à un magnifique bal offert par la ville. On a placé au-dessus de son chiffre la couronne impériale.
Le prince a visité la cathédrale, passé la revue des troupes et des populations des campagnes; partout une foule énorme se presse sur son passage.
Le prince s'est embarqué à onze heures du soir sur le Parisien, qui a fait vapeur immédiatement pour Avignon. J'ai pris congé du prince; je serai à Lyon ce soir.
Le prince Louis-Napoléon a été pour moi d'une parfaite bonté; il m'a montré une profonde estime et m'a dit qu'il me devait en grande partie la réception dont il était l'objet. Il m'a rappelé qu'il m'a vu pour la première fois chez la princesse Mathilde, sa cousine, et il m'a dit, en me prenant la main : « Au revoir, à bientôt! » La maison du prince a aussi été fort obligeante.
Le prince a fait cent mille francs de dons depuis son départ de Paris, sans compter les distributions de bijoux aux femmes et aux filles des préfets chez lesquels il loge, aux jeunes filles qui lui offrent des bouquets. M. le général de Goyon, qui regarde de près pour ses propres deniers, est chargé des libéralités en argent du Président; il pousse un profond soupir à chaque billet qu'il est obligé de tirer d'un sac fermé qui en contient une masse.
2 octobre. — M. Fazy se montre dans de meilleures disposi-