‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 175 sur 206 · CHAPITRE XIII. — OCTOBRE 18ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. — OCTOBRE 18ii

lions pour le gouvernement français et proteste actuellement de son dévouement pour le prince Président. Il met sur le compte d'entraves locales, sur l'attitude extrêmement hostile de Genève au 2 décembre, la lenteur quil met à changer tout à fait le langage de la Revue de Genève, son organe.

M. Fazy a empêché à Genève la réimpression de l'infâme libelle de Victor Hugo. Six mille cinq cents exemplaires presque achevés sont déposés à la maison de ville et destinés au pilon; ils ne sont plus exposés dans les montres des librairies. Ils sont rares, puisqu'ils se vendent six francs.

11. — Ma fille Contades me mande de Paris, du 10 à midi : « Grande nouvelle! Hier soir, dans un discours que le prince a prononcé devant la Chambre de commerce de Bordeaux, il a accepté l'Empire. On n'a pas osé, de peur d'erreurs, confier le discours au télégraphe. »

15. — J'ai reçu par la poste, taxée, une petite lettre sous enveloppe portant un petit cachet avec un aigle, timbrée, je crois, de Paris. J'ai été tout étonné, en l'ouvrant, de voir qu'elle était de la main du prince Louis-Napoléon. J'ai alors remarqué que l'adresse était aussi de lui. Cette lettre aura été envoyée de la Rochelle à Paris avec sa correspondance particulière et jetée à la poste. La voici :

• La Rochelle, le 13 octobre 1852.

« Mon cher général,

a Je ne veux pas rentrer à Paris sans vous avoir écrit pour vous remercier de tous les soins que vous avez mis à ma réception à Lyon, et vous dire que je ne doute pas que cette bonne réception n'ait heureusement inlluencé le reste du voyage. J'espère que votre santé est bonne et que vous ne vous ressentez pas de la chute que vous avez faite dans le bateau. J'apprends avec peine que vous êtes encore, à Lyon, menacé par les inondations. J'espère que le vent du nord qui souille depuis trois jours aura ramené le beau temps.

« Cette lettre n'ayant d'autre but que de vous exprimer tous mes remerciements pour la manière dont vous avez toujours

conduit l'armée de Lyon, je me borne à vous assurer de mes sentiments de haute estime et d'amitié.

« Louis-Napoleon. »

Voici les nouvelles que j'ai reçues aujourd'hui de Paris :

16. — Midi et demi. Paris est livré depuis ce matin à un mouvement extraordinaire. Les boulevards sont décorés de distance en distance d'arcs de triomphe gigantesques, sur lesquels on lit ces mots : « A Napoléon III empereur », ou d'autres inscriptions analogues. Partout des couronnes, des aigles, des drapeaux, des devises impériales, etc. Partout une foule empressée, pleine de confiance. Les troupes et la garde nationale prennent en ce moment leurs positions.

Cinq heures. Son Altesse Impériale est arrivée à la gare du chemin de fer d'Orléans à deux heures; elle a été reçue par tous les grands corps de l'État. Le prince est monté à cheval; les acclamations les plus vives ont éclaté dès qu'il a paru. La réception de Paris a dignement couronné ce beau voyage; depuis le chemin de fer jusqu'aux Tuileries, il n'y a eu qu'un immense cri de : « Vive l'Empereur 1 ■» Il n'y a pas eu le moindre accident. Paris est en fête.

17. — Les réfugiés de Suisse comptent sur une amnistie lors de la proclamation de l'Empire.

Il y a abondance de travail à Lyon; les commandes en étoffes riches pour Paris et pour l'étranger sont énormes. J'ai vu chez des fabricants des robes tissées ou brodées en or remarquables. Il y aura à Paris, cet hiver, un grand luxe dans les toilettes des femmes.

18. — Une dépèche télégraphique du 18 octobre annonce la mise en liberté d'Abd-el-Kader. L'ex-émir sera conduit à Brousse, en Turquie, aussitôt les préparatifs de son départ achevés.

20. — La note et le décret suivant ont paru ce matin dans le Moniteur :

« La manifestation éclatante qui vient de se produire dans toute la France en faveur du rétablissement de l'Empire

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