‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 193 sur 206 · CHAPITRE XIII. — JANVIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. — JANVIER

J'ai été à cinq heures signer chez M. Fould l'acte civil du mariage de l'Empereur; j'ai placé ma signature au-dessus de celle du maréchal xMagnan, à mon rang.

L'Empereur a été aux petits soins pour l'Impératrice pendant tout le temps de la cérémonie. Avant de partir pour Saint-Cloud, il a présenté plusieurs fois Tlmpératrice au peuple assemblé dans le jardin et dans la cour des Tuileries; elle a été bien accueillie; sa beauté a frappé les Parisiens. Leurs Majestés se sont rendues à Saint-Cloud avec des chevaux de poste; il y avait deux postillons en avant, puis un coupé à quatre chevaux dans lequel se trouvaient l'Empereur et l'Impératrice; en arrière une berline à quatre chevaux pour le service, puis deux fourgons. Les postillons avaient leurs chapeaux ornés de rubans, comme ils l'ont ordinairement pour les noces.

J'ai été chez le comte Jules de Castellane, où il y avait une comédie dans laquelle jouaient Mlles Augustine et Madeleine Brohan. Je n'ai pas attendu un grand danseur dont on faisait l'éloge. Le comte de Ferraudy remplissait les fonctions de chambellan. La société était mêlée, suivant l'usage.

31. — Hier, à Notre-Dame, Mme de Persigny est venue de la tribune où elle était se placer contre le portail pour voir monter l'Empereur en voiture. Le factionnaire l'a renvoyée, après un moment de colloque; elle s'est mise à pousser les hauts cris. On s^est ameuté, enfin on a dit à un capitaine que c'était Mme de Persigny, et il l'a prise sous sa protection. Sur ces entrefaites, M. de Persigny est arrivé avec un autre ministre pour monter en voiture. Voyant sa femme éplorée, il ne voulait pas partir et la laisser aux soins d'un capitaine de grenadiers; ce qu'il a fait pourtant, en définitive.

Le capitaine Merle est venu me voir. Il e>t préfet du Palais; il a tenu en plus à rester officier d'ordonnance. Il en fait aussi le service; il est de semaine aux Tuileries, d'où il envoie tout ce qui vient à Saint-Cloud. L'Empereur n'y reçoit que ceux qui sont envoyés avec des billets du maréchal Magnan; les ministres mêmes ne peuvent y aller. Sa Majesté reviendra mercredi pour tenir un conseil des ministres.

J'ai été au bal chez le ministre de l'intérieur. Je ne connaissais pas Mme de Persigny, née de la Moskowa; elle me paraît avoir dix-sept ans, elle est très agréable et spirituelle. Je la trouve tout bonnement charmante. J'ai fait mon compliment à M. de Persigny sur sa femme; il en est très amoureux, et en a été enchanté.

i" février. — Le grand bal du ministre de la guerre a eu lieu; il a dit qu'il lui coûtait trente mille francs, qu'il ne voulait pas qu'on dise qu'il ne dépensait pas ses appointements; il touche de l'État en ce moment deux cent soixante-dix mille francs.

On avait construit une galerie et une salle à manger sur le jardin; il y avait quatre mille invités, le spectacle était magnifique. Le maréchal et la maréchale de Saint-Arnaud étaient à l'entrée; lui, vêtu de son grand uniforme de maréchal de France. Je ne sais pourquoi, ce bal était beau, mais pas gai.

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