‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 192 sur 206 · CHAPITRE XIII. — JANVIER 18!i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. — JANVIER 18!i

J'ai été à neuf heures du matin chez le maréchal de Saint- Arnaud. Il s'est montré satisfait que je consente à rester à son bal; je partirai le 2 février au soir. Il faut, du reste, bien ce temps pour faire mes affaires, après une aussi rude course. Le maréchal de SaintrArnaud m'a dit de me trouver à onze heures aux Tuileries, et que l'Empereur me remettrait le bâton.

Ma fille Ilatzfeldt m'a raconté, hier, qu'on avait appelé le maréchal de Saint-Arnaud à son rang de ministre pour la signature de l'acte civil, mais que j'avais été appelé à mon rang de maréchal de France, avant le maréchal Magnan.

J'étais aux Tuileries avant onze heures; j'ai causé un moment avec le général Ganrobert et quelques autres personnes de la maison; puis la princesse Mathilde est arrivée, parée de diamants et de perles, accompagnée de ses trois dames nouvellement nommées. Le grand maître des cérémonies, qui revenait de Notre-Dame, a raconté qu'il y avait beaucoup de lemmes qui se plaignaient de ne pas voir; il disait qu'il ne pouvait ôter les piliers de l'église. Il nous a dit, à la princesse Mathilde et à moi, de monter en haut.

Je n'y étais pas plus tôt qu'un nouveau chambellan . le vicomte de Lezai-Marnézia, est venu me dire que l'Empereur me demandait, qu'il voulait me remettre le bdton. Je suis descendu; les maréchaux Magnan et de Saint-Arnaud avaient déjà les leurs. L'Empereur m'a remis mon bâton avec beaucoup de grâce, quand je suis entré.

L'Empereur m'a dit : « Vous connaissiez Mme de Montijo '^ ' Je lui ai répondu : « Depuis 1834, où je l'avais vue à Perpignan, où j'avais même pris des notes sur elle, disant qu'elle était grande, encore bien, d'un esprit remarquable. » On a causé encore un moment de choses et d'autres, puis l'Empereur a demandé au maréchal Vaillant si c'était dans cette chambre qu'on allait recevoir l'Impératrice; il a répondu que non. L'Empereur a fait quelques observations, puis nous sommes montés en haut. L'Empereur était en habit de général de division, en bottes à l'écuyère et culottes blanches, avec le grand cordon rouge, le collier de la Toison d'or et un autre collier. Il est amoureux et était visiblement impa-

tienté de ce que llmpératrice n'arrivait pas; il a voulu se rendre dans une pièce plus rapprochée de Tescalier, malgré les observations du maréchal Vaillant qui lui disait que l'étiquette s'y opposait. Il est venu d'abord dans la salle des Maréchaux, puis dans celle qui est plus loin.

L'Impératrice était très belle et très bien mise. Elle avait les cheveux relevés et les accroche-cœurs de chaque côté, pour lesquels je lui ai fait la guerre à l'époque où je ne me doutais pas qu'elle deviendrait impératrice. J'ai vu là tous les ministres, ils ont été très aimables pour moi. La comtesse de Montijo y était, mais je ne l'ai pas bien vue.

On nous a fait partir à l'avance pour Notre-Dame, oii l'amiral Mackau m'a mené; c'était fort éclairé et magnifique. Le cortège de l'Empereur était très beau; j'en prendrai le récit sur un des journaux, et je le ferai transcrire sur ce journal. Les voitures et la livrée étaient superbes : galonné d'or, en vert, culottes rouges, chapeaux à trois cornes galonnés d'or, à plumes blanches. La cérémonie du mariage a été faite avec beaucoup de dignité par l'archevêque Sibour; tous les cardinaux V assistaient.

Après lacérémonie, j'ai regagné comme j'ai pu les Tuileries, avec l'amiral Mackau; nous y étions avant l'Empereur; il a fait son entrée par le jardin dans une voiture à huit chevaux à toutes glaces. Les ministres et les dames arrivaient avant; nous avons été nous placer au bas de l'escalier. L'Empereur s'est arrêté vis-à-vis de moi, ma présenté à l'Impératrice en me disant : t Vous la connaissiez depuis longtemps. » Elle m'a dit : « Je ne vous croyais pas ici. » J'ai repris : t L'Empereur a bien voulu me donner l'ordre d'y venir. » Ils ont continué; nous avons suivi l'Empereur et l'Impératrice dans tout l'étage du premier au-dessus de l'escalier. La comtesse de Montijo a embrassé sa fille; l'Empereur et l'Impératrice s'en sont allés, et nous sommes retournés chacun chez nous. Leurs Majestés sont parties immédiatement pour Saint-Cloud, où elles resteront dix jours. L'Impératrice a eu une attitude digne, fort recueillie, très convenable pendant la messe; elle était pâle, émue et fort belle.

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