CHAPITRE VI. — NOVEMBRE
moment de partir pour commander la station de la Plata, lorsqu'il s'est trouvé ministre de la marine. J'ai remarqué qu'il ne porte les rubans d'aucune décoration. On racontait dans son salon qu'il avait du mérite. De la marine j'ai été aux finances. Je connaissais M. Achille Fould; il recevait seul, sa femme étant encore à la campagne. Il y avait assez de monde chez le nouveau garde des sceaux Rouher, jeune homme de taille moyenne, assez bien tourné; la petite Mme Rouher est assez gentille. L'important de l'Elysée, M. de Persigny, accompagné du colonel Vaudrey, a fait aussi sa tournée chez les ministres; il a été traité par eux avec les égards que sa position comporte.
14. — J'ai fait ma tournée des nouveaux ministres de la rive gauche; il y avait beaucoup de monde chez le général d'Hautpoul, qui recevait chacun avec une grande politesse. Le général La Ilitte m'a salué avec empressement, ce qui m'a étonné; il m'a raconté que, depuis 1847, il me boudait à cause d'un capitaine La Ilitte, son parent, contre lequel j'avais voté au comité, mais qu'il ne m'en voulait plus. Alors il m'a annoncé qu'il était nommé ministre à Berlin. J'ai tout de suite vu ce qui me valait le retour de sa bienveillance: il a coupé court sur son neveu La Ilitte et m'a dit que M. de Hatzfeldt, ministre de Prusse à Paris, avait donné son agrément à son envoi à Berlin, en attendant celui de son gouvernement. C'est une politesse qui se fait toujours de gouvernement à gouvernement lorsqu'on nomme des ambassadeurs. Le général La Ilitte m'a dit alors qu'il avait vu ma fille Hatzfeldt chez moi à Perpignan, qu'il irait chez elle et qu'il espérait qu'elle voudrait bien le recevoir.
J'ai été ensuite chez M. Ferdinand Barrot, ministre de l'intérieur; il y avait encore plus de monde qu'à la guerre, ce qu'explique, du reste, la prochaine promotion de préfets annoncée; c'est toujours sous trois jours qu'elle doit paraître. Mme Barrot la mère, qui a quatre-vingt-deux ans, fait les honneurs.
i5. — J'ai dîné chez le chancelier Pasquier avec Mme de Boignes, la marquise Pasquier, l'ancien préfet do police
Rébillot et quelques autres personnes. M. Pasquier ne croit pas que M. Carlier fasse un bon préfet de police. Il m'a rappelé qu'il m'avait vu pour la première fois chez l'impératrice Joséphine, comme je revenais de la guerre; il a une mémoire excellente.
17 . — M. de Persigny, jeudi dernier, était, à ce qu'on m'a raconté, dans la pièce à côté de celle où recevait le Président: il le copiait dans sa manière d'accueillir les visiteurs. M. de Persigny se croit décidément un important personnage. Il disait à un M. d'Acier, membre du conseil général de la Loire, son département, qui était venu ici en députation pour je ne sais quelle réclamation : « C'est moi qui ai nommé le ministère. Des enfants doivent de la déférence à leur père; vous verrez s'ils sont obéissants, et vous jugerez de mon intelligence à les diriger. »
Le représentant Pierre Bonaparte, improvisé chef de bataillon de la légion étrangère, avait été envoyé à Zaatcha. La guerre n'est pas de son goût, à ce qu'il paraît; il est revenu à Alger sous prétexte d'une mission; là, il a déclaré qu'il voulait remplir ses fonctions de représentant, et il est arrivé à Paris.
18. — Le Moniteur contient un décret d'hier, du Président de la République, qui nomme le général La Ilitte ministre des affaires étrangères. Il y a quatre jours, il était nommé ministre plénipotentiaire à Berlin.
19. — M. Pierre Bonaparte a adressé au journal V Assemblée nationale des rapports comme pièces justificatives de sa conduite. Ce journal fait à la suite des réflexions qui prouvent que ces documents ne le justifient pas.
20. — Le Moniteur d'aujourd'hui contient un décret du Président portant que M.Pierre Bonaparte, nommé chef de bataillon de la légion étrangère et envoyé sur sa demande à Zaatcha, ayant, au lieu de se rendre à Alger pour y remplir une mission auprès du gouverneur général, jugé convenable de s'embarquer à Philippeville. pour venir à Paris remplir son devoir de représentant, est révoqué du grade et de l'emploi de chef de bataillon à la légion étrangère.
C'est par décret du gouvernement provisoire que M. Pierre