‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 90 sur 206 · CHAPITRE VII. — AVRIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — AVRIL

Cet enfant est assez ^q-and pour son âge, il est charmant.

21. — J'ai quitte Rochecotte le 21, à sept heures et demie du matin; j'étais à neuf heures et demie àSaumur. J'ai remarqué que beaucoup d'ouvriers qui ne me saluaient pas, avant la charge des carabiniers sur les émeutiers, m'ôtent maintenant leurs chapeaux. La légion de la garde nationale est plus nombreuse sous les armes qu'elle n'a jamais été. Le maire est dans l'enchantement et me raconte que la tranquillité est revenue pour plusieurs mois.

M. de La Chapelle, sous-préfet de Saumur, s'est bien conduit lors de l'émeute du 16; j'ai sollicité la croix de la Légion d'honneur pour lui, comme devant produire un bon effet à Saumur.

La répression du 16 a rassuré les timides et découragé les rouges. Le colonel Jacquemin, commandant provisoire de l'École, est aussi un énergique défenseur de Tordre.

22. — J'ai quitté Saumur le 22; j'étais à onze heures à Angers. Jai trouvé au débarcadère le général d'Uzer et les troupes en bataille sur mon passage ; sur l'invitation du préfet Besson, je suis descendu à la préfecture. J'ai reçu les visites de corps, puis individuellement les officiers et les sergentsmajors du 3* bataillon du 11« léger. Jai rendu ensuite mes visites.

J'ai dîné en petit comité chez le préfet Besson; sa femme et sa fille sont agréables et spirituelles. Ce préfet de Maine-et- Loire a bien réussi dans ce département, il y est estimé. Il est capable, bien décidé pour l'ordre; aussi, quoiqu'il y soit depuis peu de temps, il a déjà acquis une grande influence.

^'^' — A la revue, la garde nationale était nombreuse ; environ vingt hommes par compagnie et l'artillerie en entier ont crié : « Vive la République! » en défilant et lorsque je suis passé devant le front. Chose incroyable, des voltigeurs du 3» bataillon du 11» léger qui, étant armés, assistaient à la revue, ont crié en défilant, malgré la défense de parler sous les armes : « Vive la République ! » Le 47» et le 72» ont, au contraire, défilé militairement et en silence; quatre voltigeurs seulement ont été reconnus et désignés par leurs camarades. J'avais consigné

la compagnie et mis les officiers aux arrêts; le colonel Thomas a cassé ces quatre voltigeurs et les a incorporés comme chasseurs dans les \" et 2* bataillons. J'ai ordonné qu'ils fussent conduits de brigade en brigade à Marseille, et je fixerai la durée de leur prison, suivant leur culpabilité. Les cris sous les armes sont déplorables; les règlements les interdisent

formellement.

Lorsque j'ai quitté la revue, une centaine de gamins m'ont suivi en criant : « Vive la République! » On assure que les rouges [avaient fait tous leurs efforts pour obtenir une émeute; ils en ont été pour leurs frais; les amis de l'ordre ont repris courage, l'attitude de la population a été bonne.

Les populations des bords de la Loire sont portées au socialisme; c'est dans les villes surtout que je trouve des partisan^ de la démagogie; les populations de l'intérieur des terres, qui forment l'immense majorité, sont conservatrices et religieuses.

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