‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 89 sur 206 · CHAPITRE VIL — AVRIL I80O · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL — AVRIL I80O

Maine s'est affaissé à onze heures du matin sous le poids du 3* bataillon du 11* léger. Le lieutenant-colonel Simonet, tombé dans l'eau, a été sauvé par miracle. Deux cent vingt hommes ont été noyés.

17. — Je suis parti à huit heures et demie du matin de Sauniur par le convoi du chemin de fer. J'étais à dix heures et demie à Tours, où on n'avait eu qu'une heure pour préparer ma réception; les troupes étaient en bataille; j'ai reçu les autorités et je les ai haranguées suivant l'usage.

18. — J'ai passé à midi la revue des troupes et visité, après le défilé, les différentes casernes, la manutention, le magasin à fourrages, l'hospice civil.

Je dînais à la préfecture, quand, au moment où nous nous y attendions le moins, un aide de camp est venu me dire de me rendre au chemin de fer, où était le Président de la République avec le général d'LIautpoul. Ils allaient à Angers voir le reste du 3' bataillon du H« léger.

Je suis parti avec le Président de la République et le ministre de la guerre, dans le même wagon.

J'étais à dix heures et demie à Angers. Nous sommes descendus à la préfecture; M. Besson, préfet, a été fort étonné de voir arriver le Président de la République.

19. — Le Président est monté en calèche. Nous avons été voir un quartier où sont les quatre cents hommes qui restent du 3' bataillon du 11« léger; ils ont crié : « Vive le Président ! » comme des gens à qui on l'avait prescrit. J'ai remarqué dans les compagnies du centre quelques cris de : « Vive la République ! » J'ai demandé au prince Louis-Napoléon s'il voulait que je reçusse chevaliers ceux qui étaient nommés; il y a consenti. Cette réception a fait bon effet. Nous avons de là été à l'hôpital, où il a donné la croix au chirurgien en chef; nous avons vu les blessés du 11' léger, et nous sommes revenus à la préfecture.

Après le déjeuner, le Président a remis la croix de commandeur au préfet; on oubliait tout net le maire, de Latouche, représentant, qui est si bien que je croyais qu'il avait déjà la croix; après m'ètre assuré qu'il ne l'avait pas,

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j'en ai fait l'observation, et le Président la lui a donnée. Le Président est de nouveau monté en calèche. Il a visité les casernes d'un bataillon du 47* et du dépôt du 72»; il a donné force croix; deux gendarmes l'ont aussi reçue, lors de sa visite au pont; un portier-consigne l'a eue sur la proposition du capitaine d'artillerie qui commande celle du château; c'est bien une croix accrochée par hasard, comme, du reste, plusieurs des vingt qui ont été données; un cavalier du dépôt de remonte en a eu une. Parmi les civils, un perruquier a été choisi pour avoir sauvé cinq hommes. Il a jugé convenable de se jeter dans les bras du Président et de l'embrasser; cela

a été curieux.

Revenus à la préfecture, nous sommes retournés à deux heures au chemin de fer. Le prince Louis-Napoléon a été bien accueilli à Angers; il y a eu beaucoup de cris de : « Vive Napoléon! Vive le- Président! » et presque pas de : < Vive la République! » Le ministre de la guerre dit bien haut, en bon courtisan, qu'il n'y a que le cri de : « Vive Napoléon! » qui signifie quelque chose, et que c'est celui-là qu'il faut proférer. Cela a été exécuté dans les casernes du 47» et du dépôt

du 72«.

Je suis remonté en tiers dans le wagon avec le Président et le ministre de la guerre. J'ai insisté beaucoup dans le wagon sur la nécessité de supprimer le vote des soldats sous les drapeaux et sur le droit de casser les sous-officiers autrement que par un conseil denquùte. Je leur ai dit que, sans cela, avant deux ans. nous n'aurions plus d'armée et, par conséquent, plus de France.

Partis à deux heures un quart dWngers. nous sommes arrivés à quatre heures à la gare de Tours. Le Président a continué à grande vitesse sur Paris.

20, — Je suis parti de Tours par le convoi de sept heures et demie du matin. A huit heures, nous étions à la station de Langeais; là, j'ai pris un coucou, et nous sommes arrivés à neuf heures et demie au château de Rochecotte, chez ma belle-fille. J'ai été heureux de la revoir, ainsi que mon petitfils Antoine, qui a six ans et qui est Ihéritier de mon nom.

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