‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 92 sur 206 · CHAPITRE VII. — AVHIL ISÎiO · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — AVHIL ISÎiO

J'ai trouvé, à quelques kilomètres de Nantes, le !•' bataillon et quelques compagnies du dépôt du 11» de ligne, marchant en ordre, le colonel Gallemant et le lieutenant-colonel Titard en tôte. J'ai passé la revue des deux bataillons, j'ai harangué les officiers; j'en ai été très content.

20. — Après avoir passé la revue du 2* bataillon du 11« de ligne, je suis parti de Vannes à dix heures du matin. Je suis arrivé àLorient à deux heures et demie de l'après-midi. Lagarde nationale au complet et les troupes étaient sous les armes, .l'en ai passé la revue immédiatement après mon arrivée. Pendant le défilé, un bizet (1) resté en arrière des rangs de la garde nationale a crié, en tenant son fusil en l'air : « Vive la République! » Le maire, indigné, a quitté le groupe derrière moi, a été le prendre par le bras et l'a fait rentrer dans les rangs. Chacun rend justice à la fermeté, à l'activité, à l'habileté du contre-amiral de Suin, préfet maritime, chez lequel je suis descendu.

27. — L'évêque du Morbihan, de Vauvert, n'est pas venu me voir à mes deux passages à Vannes. Il est borné, entêté; il n'a pas d'influence sur son clergé, ce dernier en a sur le pays.

28. — Le Moniteur a apporté à Lorient ma nomination au commandement de Lyon; l'amiral de Suin s'est empressé de me le montrer. Je n'ai pas mes lettres de service, je continue ma route. L'amiral et Mme de Suin m'ont très bien reçu. Je les ai beaucoup remerciés.

A mon passage à Quimperlé, j'ai trouvé le sous-préfet Robert à la tète d'un piquet de la garde nationale; ces gardes nationaux ont crié comme des sourds : « Vive la République! »

La municipalité et le maire de Quimper m'attendaient le 28 à la porte de la ville; le maire Porquier m'a fait un bon discours dans le sens de l'ordre. J'ai passé la revue du bataillon de la garde nationale; pas un cri n'a été poussé. La population est excellente; tous les fonctionnaires sont, m'a-t-on assuré, conservateurs.

(1) On appelait bizet un gartio national qui n'avait pas d'uniforme.

29. — Parti de Quimper à cinq heures du matin, je suis arrivé à Brest à deux heures de l'après-midi. A la porte de la ville, j'ai trouvé le maire, Bizet, les adjoints, le conseil municipal, le sous-préfet, M. de Colle. Le discours du maire a été très conservateur et très décidé, ils ont fort applaudi ma réponse; ils étaient accompagnés d'une compagnie de la garde nationale et du corps d'officiers.

J'ai été à pied avec eux jusqu'à l'hôtel de Provence, où je suis logé. Le 1""" de ligne, le colonel Pâté en tète, formant la garnison de Brest, bordait la haie.

J'avais accepté de passer la revue de la garde nationale demain; mais, au moment où je commençais à recevoir les visites de corps, le directeur des postes m'a remis la lettre ci-après du ministre de la guerre :

« Paris, le 25 avril 1850.

« Général,

« J'ai l'honneur de vous informer que, par décret du 24 de ce mois, le Président de la République vous a nommé au commandement de la 6" division; vous réunirez en même temps le commandement supérieur de la 5'. Vous devrez, aussitôt ma lettre reçue, vous rendre à Paris, où je vous donnerai des instructions.

« Le gouvernement, en vous choisissant pour un poste' aussi important, a compté sur votre dévouement et votre zèle pour le service de l'État.

« Vous aurez près de cinquante mille hommes sous vos ordres, et après Paris, c'est le poste le plus important. Le général Gémeau a ordre de vous attendre à Lj-on pour vous remettre le commandement. Le général d'Arbouville vous remplace dans le vôtre; lai5» division en est détachée, la 11* y est jointe.

« Recevez, Général, l'assurance de ma haute considération.

« Le ministre de la guerre, « D'Hautpoul. »

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