Nous étions à une heure du matin à Guingamp
J'ai déjeuné à onze heures du matin au café, à Saint-Brieuc, puis j'ai continué ma route.
Nous avons dîné à Rennes à sept heures du soir à l'hôtel de France.
i«' mai. — A huit heures, hier soir, nous nous sommes remis en route, et nous sommes arrivés aujourd'hui à la gare d'Angers à sept heures vingt minutes, un quart d'heure après le départ du convoi. Nous sommes partis par le convoi de marchandises, en qualité de ballots, à dix heures dix minutes. Malgré la lenteur de ce train, ce que j'avais encore de mieux à faire était de le prendre; il s'arrête une demi-heure à Saumur. J'ai donné connaissance de mon arrivée au sous-préfet de La Chapelle, qui a voulu m'accompagner dans mon wagon jusqu'à Tours, où nous sommes arrivés à trois heures trois quarts. J y ai trouvé mon aide de camp d'Augicourt qui m'a remis une foule de lettres qui m'y attendaient. M. de Quinemont, colonel de la garde nationale, m'a invité à dîner en famille avec lui et madame sa mère; il m'a témoigné, au reste, comme tous ceux que je rencontre, du chagrin de ce que je quittais le commandement des divisions de l'Ouest.
2. — Je suis parti de Tours par le convoi de huit heures quarante. Je suis arrivé à Paris à cinq heures du matin. A onze heures et demie, j'ai vu le général Changarnier, qui est toujours parfait pour moi, et le général d'IIautpoul, ministre de la guerre, qui est toujours d'une fausseté remarquable. Il a la manie d'embrasser; ses baisers de Judas sont devenus proverbiaux.
J'ai, de là, été chez le Président de la République, qui m'a fait de suite entrer et qui a été très bien.
Les ministres Fould, La Ilitte, Romain -Desfossés, Rouher, y étaient. J'ai parlé très ferme sur la nécessité de supprimer le vote des soldats; que sans cela, et si on ne rétablissait pas
le droit de casser les sous-officiers, dans un an il n'y aurait plus d'armée. Il paraît que mon discours a plu aux ministres.
4^ __ Le Président de la République, depuis notre commun voyage à Angers, est fort bon pour moi. Il m'avait prié à déjeuner; il n'y avait que lui et ses aides de camp. Après le déjeuner, il m'a pris par le bras, et nous avons longuement causé.
J'ai causé des inconvénients qu'il y aurait pour moi à trouver le général Gémeau à Lyon. Le Président en a pris note pour dire à M. d'Hautpoul de le faire revenir: il m'a dit aussi que les honneurs de général en chef m'étaient donnés. M. d'Hautpoul s'était bien gardé de me le dire.
J'avais été le matin chez le ministre de l'intérieur, Baroche. Nous avons longtemps causé sur les départements que je viens de parcourir, sur les préfets, sur les sous-préfets; il m'a parfaitement écouté : c'est un homme d'esprit et de fermeté. Il m'a promis la croix d'officier pour M. Neveux, préfet de la Gironde, et celle de légionnaire pour M. de La Chapelle, sous-préfet de Saumur.
Les illuminations sur la place de la Concorde et les décorations qu'on y avait mises étaient remarquables; c'était à l'occasion de l'anniversaire de la proclamation de la belle constitution qui nous régit. J'ai été en jouir sur le balcon du ministre de la marine, puis chez la princesse Callimaki, ambassadric»^ de Turquie, chez qui il y avait un raout à cette occasion.
5. — J'ai dîné chez le général d'Hautpoul en petit comité. J'ai relancé le général d'Hautpoul, lui demandant ce qui était décidé pour les honneurs. Je savais les ordres qu'il avait reçudu Président; alors il m'a répondu d'un air dégagé : t Vous aurez les robes rouges. — Et le général Gémeau? Je ne veux y arriver qu'après son départ. — Je lui écrirai demain par le télégraphe. » Cela m'a prouvé qu'il n'avait rien fait. Je lui ai dit : « Mais le Président a dû vous en donner l'ordre. — Oui. il m'en a parlé. » Un moment après, il m'a pris à part pour me dire : < Vous savez que, comme à Paris, les officiers à Lyon peuvent se mettre en bourgeois. » Je lui ai répondu t Vous aurez la bonté de me l'écrire. » Un moment après, je