‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 98 sur 206 · CHAPITRE VIII. - MAI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. - MAI

A quatre heures, les troupes étaient rangées en bataille, infanterie, artillerie, cavalerie, sur les quais du llhùne et de la Saône; elles ont défilé sur la place Bellecour dans la meilleure tenue et avec une attitude très militaire; le duc de Gènes m'en a fait compliment. Il s'est montré très brave dans la dernière guerre contre les Autrichiens; tout ce qui touche au militaire l'intéresse vivement. Il portait la plaque et le grand cordon de la Légion d'honneur et, par-dessus, un grand cordon piémontais.

Le soir, le duc de Gênes a été avec la princesse au spectacle, dans la loge du préfet de la Goste, où j'ai été lui faire une visite.

Cette royale revue, après mes quinze jours de séjour à Lyon sans qu'il fût poussé plus d'un cri de : . Vive la République! » a été un véritable tour de force. Elle m'a prouvé combien j'impose à la population; quinze jours auparavant, le prince en aurait été abasourdi; au lieu de cela, l'attitude de la population vis-à-vis de lui a été respectueuse. J'ai fixé l'homme qui a poussé le cri de : « Vive la République ! . il a à peine osé le terminer. Pousser ce cri sous une république est cependant chose légale, mais est déjà frappée de réprobation par les masses.

25. — Comme c'est samedi, je n'ai pas passé de revue; j'ai mis au jour un ordre pour la tenue, bien nécessaire sous tous les rapports (1). L'uniforme est encore un moyen de savoir si

(*) Ordre pour les o« et 6* divisions militaires.

Les règlements sur la tenue doivent être strictement exécutés dans les 0 et 6 divisions militaires; plusieurs circulaires du ministre de la guerre, celle du 12 janvier 1837 en particulier, prescrivent à MM. les commandants de division d'y tenir exactement la main.

Une autre circulaire du 28 janvier 1847 a renouvel.' aux oITiciors généraux 1 ordre d être constamment en uniforme dans leur commandement

«;TV^ 'Tm ?°?"''' ^^'^^ ^" ^^^^ ^« s'è-« °e P*-^"t être l'objet d'une exception; 1 habit bourgeois ne sera toléré à aucun militaire, quelle que 8011 son arme (la gendarmerie et les officiers de remonte exceptes d'après a« !"! '"'-^1?™^°^^. particuliers) ; l'uniforme français est trop honorable pour que les officiers de tous grades ne se montrent pas en tout temps jaloux de le revêtir. MM. les officiers généraux doivent eux-mêmes donner conS ; r^''':'!"^ d'ailleurs à la discipline, à l'esprit militaire, à la considération du soldat, que les règlements ù. cet éganl soient suivis La tenue du matin sera permise jusqu'à midi; les officiers de semaine

les officiers fréquentent les socialistes; on en a découvert un, il y a quelques jours, parce qu'il avait eu l'imprudence de se mettre en petite tenue pour se rendre chez un de leurs principaux chefs.

En outre, les officiers font des dettes, par suite de l'obligation d'avoir deux tenues, et, par suite, ils sont presque toujours salement vêtus dans l'une comme dans Tautre. M. d'Hautpoul, avant mon départ, m'a dit comme une belle chose : « Vous savez que les officiers sont en bourgeois à Lyon. » Je lui ai répliqué : « Si vous voulez que cela soit ainsi, vous m'écrirez. » J'ai attendu quinze jours; n'ayant rien reçu, j'ai expédié mon ordre, bien décidé à ne pas revenir, s'il le trouve mauvais, et à demander plutôt mon remplacement que de céder. J'ai relevé le pouvoir; la mesure que j'ai prise est dans son intérêt.

26. — J'ai été à la messe à Saint-François. J'y vais seul et en uniforme, comme à Bordeaux; c'est encore une chose qu'on prétendait impossible.

27. — Revue du 33' de ligne, beau régiment commandé par le colonel Bouat, que j'ai toujours protégé depuis qu'il a été adjudant-major sous mes ordres. Ce régiment, qui a été longtemps en Afrique, revient de l'expédition de Rome. J'ai vu aussi le 1" escadron des guides, bien tenu, ayant pour commandant le capitaine Bureaud, qui se fait recommander par toute la terre.

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