‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 10 sur 231 · CHAPITRE PREMIER. — AOUT i832. là · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — AOUT i832. là

Le duc de Reichstadt a succombé à Schœnbrunn, le 22 juillet, à une maladie de poitrine; c'est un événement.

Le jeune Napoléon vient de finir une vie qui n'a été qu'une espérance. La France ne peut manquer de prendre un véritable intérêt à la mort de ce jeune homme, dont le père a porté si loin l'éclat et la gloire du nom français. Personnellement, il était digne d'intérêt par son esprit, par Taménité de son caractère et par des qualités précoces. Il était né le 20 mars 1811. En sentant sa fin prochaine, il a envoyé son testament au jeune Louis-Napoléon, son cousin, auquel il a légué l'épée de son père.

Le fils du prince Eugène-Napoléon, le jeune duc Auguste de Leuchtemberg , prince d'Eischtœdt, ayant atteint l'âge de majorité, a été, conformément aux traités et au testament de son père, mis en possession du gouvernement de sa principauté.

4. — M. le maréchal Gérard et son chef d'état-major Saint- Cyr-Nugues sont arrivés à Valenciennes; ils ont été logés par billet de logement. Ils sont avec le duc de Choiseul et son petit-fils, le maître des requêtes Marmier. M. Maréchal est chargé de payer toute la dépense que fait la bouche du Roi pour le service de son futur gendre.

J'ai été faire ma visite d'hôpital ce matin, avant de me rendre à Quiévrain, où je suis arrivé à onze heures pour y attendre le roi des Belges. Le duc de Choiseul s'y trouvait, très fatigué, quoiqu'il fût venu en voiture. Il ne se souciait pas trop de la visite des officiers du 2° bataillon du 8' léger que je lui ai amenés; il s'en est assez pauvrement tiré. Il n'a pas voulu voir les deux bataillons du 8° léger, qui étaient superbes. Le préfet du Nord Méchin, le sous-préfet Waymel, et le ministre plénipotentiaire belge à Paris Lehon, étaient établis dans une méchante maison à la frontière. J'avais emporté deux bouteilles de vin d'Espagne dans mes fontes; je les leur ai fait boire, ainsi qu'aux officiers du 8° léger. Puis, le roi Léopold se faisant attendre, j'ai été me promener à Quiévrain, village belge assez propre. Le drapeau belge, jaune, rouge et noir, flottait aux fenêtres : sur l'arbre de la

liberté étaient attachés les drapeaux français et belge, avec

un tableau sur lequel un lion, la patte en avant, avait l'air de

griffer notre coq peint en face de lui. Au bas était la devise

belge : « L'union fait la force. » On lisait dans la chambre

de garde de la douane ces mots écrits en gros caractères :

« Dormons en paix, Léopold veille sur nous! » Il y avait

quatre arcs de triomphe; l'un d'eux portait cette inscription :

« Au pacificateur du monde! » Il est difficile de deviner ce

qui vaut ce titre à Léopold. Cette devise et une jolie grisette

près du pont ont été ce que j'ai vu de mieux à Quiévrain, où

le roi des Belges est arrivé à trois heures. Le duc de Choiseul

et le préfet du Nord ont harangué Sa Majesté Belge. Je l'ai

saluée à la tête des deux bataillons du 8» léger, puis j'ai

rejoint au galop le maréchal Gérard, à Saint-Saulve.

J'étais à la tête de l'infanterie sur les glacis de Valenciennes, à l'arrivée du roi Léopold.

Nous étions une trentaine de personnes à table à un assez mauvais dîner servi par la bouche du Roi, à l'Hôtel de ville. J'avais annoncé au sérieux et lourdement galant Léopold qu'il y aurait à son grand couvert les plus jolies femmes de Valenciennes. Telle était leur intention; la mauvaise police du maire en a décidé autrement. Il n'est guère entré que des hommes du peuple; plusieurs belles dames, ayant failli être écrasées, se sont sauvées. Après le festin, le roi Léopold est monté en voiture et nous à cheval, par la pluie. J'ai pris congé de Sa Majesté aux glacis de la porte de Paris.

6. — Les Belges embauchent dans notre armée. Le 4 août, le lieutenant-colonel de Garaube a été à Mons pour savoir si le vaguemestre de son régiment s'y trouvait. Le général Duvivier lui a dit que, depuis trois jours, il avait ordre de recevoir et d'engager les déserteurs français. Il était arrivé, le matin, un déserteur du 12» de ligne, régiment dans lequel il manque en ce moment plusieurs hommes à l'appel. On prétend qu'on leur donne cent francs de prime, des habits bourgeois, de bons papiers. Je ne pense cependant pas que notre gouvernement, pour secourir Léopold, veuille souffrir pareille chose. Ce qui est positif, c'est que nous n'avons aucun ordre

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