CHAPITRE VII. — SEPTEMBRE
à Amboise, le 14 à Poitiers, le 15 à Angoulème, le 16 à Barbezieux et le 17 à Bordeaux, d'où je déterminerai le reste de mon voyage, i
17. — Le ministre de la guerre me prescrit de réunir le plus de troupes possible à Perpignan, pour le passage de Mgr le duc d'Orléans; il m'envoie de Béziers le 4* de dragons.
10 septembre. — J'ai réuni à Perpignan, pour le passage du prince royal, un bataillon du 13% un bataillon du 47% 2 bataillons du 58' de ligne, 2 bataillons du 16' léger, 2 escadrons du 7" de chasseurs, 2 escadrons du 4' de dragons.
15. — Le colonel Gérard, aide de camp du prince royal, neveu du maréchal Gérard, fureteur, ne manquant pas d'activité et assez avant dans les bonnes grâces du duc d"Orléans, m'a réveillé, à une heure du matin, pour m'entretenir des dispositions à prendre pour la réception de Son Altesse Royale. Il est chargé en partie des détails de la maison, de la correspondance militaire de M. le duc d'Orléans, des papiers y ayant rapport; des notes des officiers; il fait les invitations à dîner.
A trois heures de l'après-midi, les troupes ont formé la haie depuis le pont jusqu'à la préfecture de Perpignan. A cinq heures du soir, M. le duc et Mme la duchesse d'Orléans sont arrivés à un arc de triomphe placé à la tête du pont, où le maire les a harangués. Le duc d'Orléans a bien répondu, après quoi, il est monté à cheval, la duchesse d'Orléans en calèche.
Mon principe a toujours été que rien n'est plus mauvais que de faire crier les troupes sous les armes; en leur donnant le droit d'applaudir, on leur confère par cela même celui de blâmer. Les soldats doivent obéir et non délibérer. Aussi ai-je été fort contrarié quand M. le général de Saint-Joseph, revenant de la limite des Pyrénées-Orientales, où il a été au-devant de Leurs Altesses Royales, est venu en avant me dire, de la part de M. le duc d'Orléans, de faire crier. J'ai transmis l'ordre sur-le-champ, et j'ai entendu le lieutenant-colonel du 13" de ligne dire à ses soldats : « J'espère que vous crierez bien haut. »
J'ai été au-devant du prince royal avec un piquet, à cinquante pas en avant du pont, et je lui ai parlé des cris; il a repris : «■ Cela n'est pas mon avis, vous le savez (c'est vrai, il m'a parlé dans ce sens à Paris); mais, comme mon voyage est politique, c'est pour me conformer au désir du Roi. »
Les soldats, auxquels je raconte toute l'année que le silence est ce qu'il y a de plus beau sous les armes, ont très peu ou point crié; leur immobilité était remarquable, chose préférable, selon moi, au désordre causé dans les rangs par des cris qui ne signifient rien, puisqu'ils sont commandés comme le port d'armes. Le général Baudrand, premier aide de camp du duc d'Orléans, n'est pas non plus de l'avis des cris; il m'a raconté à ce sujet qu'à Waterloo les régiments qui criaient à tue-tête se sauvaient à toutes jambes, et encore, si ces cris sont bons quelque part, c'est au feu, pour étourdir les soldats.
Des jeunes personnes vêtues de blanc et de bleu ont offert, à la préfecture, des fleurs à la princesse royale. Les réceptions ont eu lieu; le prince royal a répondu avec à-propos et talent aux discours, il a donné un dîner de quatre-vingts couverts.
Après le festin, Leurs Altesses Royales se sont rendues à la promenade des Platanes, où cent musiciens d'élite, pris dans tous les régiments de la division, ont exécuté des morceaux de musique, entre autres celui des Huguenots, de Meyerbeer, soutenu par des décharges de canon et de cartouches tirées des remparts par des soldats, puis des bombes, des feux de Bengale, le branle des cloches; tout cela à travers les beaux arbres de l'allée des Platanes a été d'un effet prodigieux; cette allée illuminée est magnifique; il y avait au rond-point des danses catalanes. Leurs Altesses Royales ont à plusieurs reprises témoigné leur satisfaction. A leur rentrée par la porte de Notre-Dame, au moment où elles débouchaient par le petit pont, des feux de Bengale ont éclairé de diverses couleurs l'architecture gothique du Castillet. Mme la duchesse d'Orléans particulièrement a paru enchantée de ce beau coup d'oeil. Leurs Altesses Royales ont été entourées d'une foule immense venue des différents points du département et des départements voisins: il y a eu peu de cris; l'attitude de la popula-