CHAPITRE VII
Le duc d'0rléan5, se rendant en Afrique, passe à Perpignan le 15 septembre 1839. — Cris des soldats sous les armes. — Détails sur la suite du prince.
— Mort de ma belle-mère Alexandrine de Rohau-Chabot. — Voyage à. Paris pour la session de 1840. — Mariage du duc do Nemours; sa dotalion est rejetée. — Amélie-les-Bains. — Audiences du Roi et du maréchal Soult. — Vénalité de M. Thiers. — Il est rappelé au ministère. — Les « lions » et les « lionnes ». — Abattement du roi Louis-Philippe. — Mlle Rachel au bal du comte Duchatel. — Dîner chez le général comte de Monthyon. — Soirée de Jules de Castellane. — Je rends hommage aux Sœurs de Saint-Vincent de Paul. — Le Roi fait des économies. — M. Thiers se fait grand officier do la Légion d'honneur. — Relations ampoulées de l'armée d'Afrique. — Retour à Perpignan le 27 juin 1840.
— Je vois à son passage le chef carliste Cabrera, qui se réfugie sur notre territoire. — Douze mille carlistes entrent dans les Pyrénées- Orientales. — Je recrute parmi eux six cents hommes pour la légion étrangère. — Passage de la reine d'Espagne Marie-Christine à Perpignan. — La division active des Pyrénées-Orientales cesse d'exister, le 30 décembre 1840.
ÎO août. — J'ai demandé au ministre de la guerre de m'accorder M. de Mac Mahon, capitaine d'état-major, officier distingué, connaissant bien le service de cette division, pendant le séjour de Mgr le duc d'Orléans à Perpignan.
i2. — En revenant d'une tournée d'inspection à Foix, la lettre suivante de Mgr le duc d'Orléans, du 3 août, me parvient de Limoux :
« Le Roi vient de me donner, mon cher général, ses ordres pour le voyage que je désirais, vous le savez, depuis si longtemps, pouvoir entreprendre. Je compte arriver dans votre division vers [les premiers jours de septembre, et, afin d'être plus sûr de la voir de la manière la plus complète, j'ai demandé au Roi la permission de faire venir de Toulon à Port-Vendres les bateaux à vapeur qui doivent me porter ensuite dans la
tournée très pacifique que j'ai le projet de faire, des nombreux établissements de la côte d'Afrique. En arrivant dans votre commandement, je désire m'en remettre entièrement à vous, mon cher général, pour voir le mieux possible toutes les troupes placées sous vos ordres, et pour les voir le plus militairement que je pourrai. Quoique je sois et que je veuille rester, tant que les circonstances ne changeront pas, tout à fait étranger aux moindres détails comme aux plus grandes affaires du ministère de la guerre, j'ai cependant demandé au général Schneider de vous ouvrir un crédit qui vous permette de réunir le plus de troupes possible de votre division et de les exercer à quelques mouvements plus larges et plus militaires que ceux auxquels on est habituellement restreint par l'exiguïté des champs de manœuvre. J'ai insisté auprès de lui sur cette considération qu'il était notoire dans toute l'armée que votre division était une division modèle, et qu'il serait même équitable de le témoigner spécialement, en me chargeant de lui apporter quelques récompenses, qui seraient certes bien justifiées par le zèle que vous savez exciter et dont vous donnez l'exemple.
« Ces faveurs ne seraient d'ailleurs jalousées que par ceux qui redoutent que cette manière de servir ne devienne contagieuse, et certes nous en sommes bien loin. Je ne sais si j'obtiendrai cette demande, qui n'a pour elle que la justice, et qui sera combattue par la masse effrayante des envieux subalternes et inutiles, mais en tout cas j'éprouve le besoin, mon cher général, de vous exprimer combien je me réjouis de passer quelque temps auprès de vous, au milieu de troupes bien commandées, et de vous y apporter la nouvelle expression de tous les sentiments que vous me connaissez pour vous et avec lesquels je suis
« Votre affectionné, « Ferdinand-Philippe d'Orléans.
« Saint-Cloud, 3 août 1839.
« P. S. — Si vous aviez quelque chose à me mander, je pars le 9, je couche le 9 à Chartres, le iO à Blois, les 11, 12 et 13