‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 114 sur 231 · CHAPITRE VII. — SEPTEiMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — SEPTEiMBRE

M. Asseline, naguère le second de M. de Boismilon, dont il faisait toute la besogne, est maintenant secrétaire des commandements de Mme la duchesse d'Orléans; c'est un grand jeune homme de trente ans, avec des cheveux en rond d'abbé, frisés suivant la mode actuelle; il est poli et obligeant.

18. — Mgr le duc d'Orléans a fait manœuvrer sous son commandement les troupes de la division; il a été particulièrement satisfait de l'instruction de l'infanterie, qui est supérieure à celle de la cavalerie. On avait construit à la lunette de Canet un kiosque pour Mme la duchesse d'Orléans.

Son Altesse Royale a fait délivrer une ration de vin aux soldats et verser à l'ordinaire cinquante centimes par homme sur sa cassette. Elle est aussi venue au secours de plusieurs officiers.

Mme la duchesse d'Orléans a donné des parures à Mmes Pascal, femme du préfet, de Saint-Joseph, Pons, à Mlle Jaume.

J'ai causé trois ou quatre fois en particulier avec M. le duc d'Orléans. Aujourd'hui, avant le dîner, il m'a fait l'observation que ma division a plus de monde à l'hôpital que les autres ; un obligeant de sa suite a voulu sans doute établir que je fatiguais les troupes. Le prince trouvant tout bien, il fallait chercher quelque chose à lui rapporter, car la suite des princes n'a pas d'autre ressource pour se rendre importante.

Je suis arrivé avec des chiffres; je lui ai prouvé que j'ai 1 malade sur 22, tandis que la moyenne est de 1 sur 20, et encore dans la plus mauvaise saison; au mois de mai, je n'avais qu'un malade sur 60; je l'ai prié de me faire connaître ce dont on m'accuserait, parce que j'y répondrais toujours aussi victorieusement.

M. le duc d'Orléans a été fort obligeant, me répétant encore que ce qu'il craint, c'est qu'on cherche à me dégoûter; il m'a demandé de rester, quoi qu'il arrive; il a ajouté qu'il s'est laissé mettre de côté des affaires de la guerre, qu'il s'en repent chaque jour, qu'il ne retombera pas une seconde fois dans une pareille faute.

19. — Je suis parti à cheval pour Port-Vendres en avant de Leurs Altesses Royales; elles y sont arrivées à onze heures du matin.

Le duc d'Orléans a donné à Port-Vendres, à l'hôtel de la Douane, un déjeuner de trente personnes; il a examiné avec l'ingénieur en chef le plan du port en construction, et a visité les travaux. Mme la duchesse d'Orléans a accompagné le prince sur le Phare, a visité son appartement, richement meublé, et ceux des généraux Baudrand et Marbot, qui sont très bien. Ce dernier a déclaré qu'il ne voulait pas faire usage du sien, qu'il a pour habitude de s'établir sur le pont avec un matelas.

Je suis revenu à terre avec Mme la duchesse d'Orléans; je l'ai accompagnée au fanal, à l'entrée du port, où elle est restée jusqu'à ce que le Phare, portant le prince royal, ait disparu de l'horizon; elle est revenue coucher à Perpignan. Je ne suis pas fatigué de mes dix-sept lieues de poste à cheval, malgré mes cinquante et un ans.

20. — Mme la duchesse d'Orléans a quitté Perpignan. Elle m'a dit que si elle avait été contente de me voir en arrivant, à la tête de ma division, elle me témoignait en partant sa satisfaction avec plus de plaisir encore. Le préfet Pascal l'a accompagnée à la limite du département.

Mme la duchesse d'Orléans ira à Saint-Amans-la-Bastide (Tarn), chez Mme la maréchale duchesse de Dalmatie, en son château de Soult-Berg.

14 décembre. — Mme Alexandrine-Charlotte-Sophie de Rohan- Chabot, ma belle-mère, est morte à soixante-seize ans, à Paris, le 8 décembre; elle a peu survécu à mon pauvre père. Elle était née le 3 octobre 1763. Elle avait épousé en premières noces M. le duc de la Rochefoucauld, qui fut massacré sous ses yeux à Gisors, au commencement de la Révolution. Elle avait épousé mon père en secondes noces, en 4810; elle était cousine germaine de feu ma mère Adélai'de-Louise-Guyonne de Rohan-Chabot, fille du comte de Jarnac, qui était frère du duc de Rohan, père de ma belle-mère.

Pendant les vingt-neuf ans de son union avec mon père, j'ai toujours considéré cette excellente femme comme une véritable mère; elle a voulu être enterrée à la Roche-Guyon, aux pieds de la duchesse d'Enville, sa grand'mère.

Elle était tendrement attachée à mon père; elle était sourde

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