‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 115 sur 231 · CHAPITRE VII. — JANVIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — JANVIER

depuis plusieurs années, d'un caractère très doux; elle avait de l'esprit, écrivait à merveille. Elle était mince, grande, et avait beaucoup de noblesse dans ses manières. Elle ne paraissait avoir que le souffle, et elle a cependant vécu soixanteseize ans.

Mabelle-mèrejouissaitd'une grande considération, justement méritée. Toute sa vie, elle eut une bonne maison; les nobles et grandes manières qui distinguaient l'hôtel de la Rochefoucauld, avant la Révolution, s'étaient conservées chez elle.

La comtesse de Jarnac, seconde femme du comte de Jarnac, mon grand-père, a quatre-vingt-quatre ans; c'est la seule de mes ascendants encore vivante; elle est mère du vicomte de Rohan-Chabot, aide de camp du Roi, mon oncle, dont le fils Philippe de Chabot est second secrétaire d'ambassade à Londres.

31. — Le général de Saint-Joseph, qui était en congé à Paris, vient d'être nommé à Lyon à la brigade d'infanterie que commandait le général Parchappe. Il a sollicité ce poste pour l'éducation de ses filles.

9 janvier. — Je fais un peu le métier d'aubergiste; il passe chaque semaine plusieurs détachements de soldats de différentes armes, qui vont s'embarquer à Port-Vendres pour l'Afrique. Aujourd'hui est arrivé un détachement du 3G° de ligne, commandé par un capitaine Leduc, original qui prétend avoir inventé des ciseaux pour couper les jambes des chevaux des Arabes. Il avait un grand drapeau, — je le lui ai supprimé, — et un petit cheval qui ressemble à un âne.

Il y a des transmissions d'habitudes de régiment qui résistent même à un licenciement. En 1808, en Espagne, le général Mouton, dont j'étais aide de camp, ne pouvait se débarrasser des ânes du 36' de ligne. En 1836, en Andalousie, j'ai eu à me fâcher pour les ânes du 36% et aujourd'hui ce capitaine m' arrive avec un âne renforcé.

14. — M. le comte de Quélen, archevêque de Paris, pair du 31 octobre 1822, est mort le 31 décembre 1839; il n'a pas siégé à la Chambre des pairs depuis 1830, car il n'avait pas voulu prêter serment conformément à la loi du 31 août. Il a été enterré en grande pompe le 9 janvier. Le conseil général, qui est en même temps conseil municipal de Paris, s'étant refusé à payer les funérailles, sa famille s'en est chargée, et le Roi lui a envoyé douze mille francs pris sur sa cassette. M. de Quélen aurait été cardinal depuis plusieurs années, si, après la révolution de Juillet, il ne s'était pas montré hostile à la Cour. M. de Quélen sera difficile à remplacer; la nomination de son successeur est un embarras. Ses ennemis politiques rendent eux-mêmes aujourd'hui justice à ses vertus; sa charité était inépuisable. Ses appointements avaient été réduits depuis 1830 à vingt-cinq mille francs; mais, comme il avait beaucoup d'autorité sur les familles riches du faubourg Saint- Germain, on lui remettait de grosses sommes pour ses aumônes.

28. — Le général Favereau, par ordonnance du 21 janvier 1840, a été nommé commandant du département des Pyrénées- Orientales et d'une brigade d'infanterie de la division active.

30. — Le maréchal Soult, président du conseil, a présenté, dans la séance du 25 janvier, une loi à la Chambre des députés, au sujet d'une dotation annuelle de cinq cent mille francs pour le duc de Nemours, dont trois cent mille francs réversibles, en cas de décès, à la princesse Victoire-Auguste-Antoinette, fille de S. A. le duc Ferdinand-Georges-Auguste de Saxe- Cobourg- Gotha. Il est heureux qu'elle soit catholique, car si elle eût été protestante, comme on le disait, cela ferait le quatrième mariage, depuis 1830, des enfants du Roi, ayant introduit dans la famille princes ou princesses appartenant à la religion de la très minime minorité des Français. Cela tient à la difficulté éprouvée par la branche d'Orléans, — depuis qu'elle a été appelée au trône par la révolution de 1830, — pour ses alliances avec les familles régnantes. On a été forcé de revenir à la famille des Saxe-Cobourg, qui tient toujours en réserve un magasin de princes et de princesses prêts à se ma-

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