J'avais appris hier, par ordonnance, que le chef car
liste, Cabrera, avait envoyé deux colonels en parlementaires à Palau, pour s'entendre avec le commandant des troupes françaises, à propos de l'entrée de son armée sur notre territoire. Elle a eu lieu aujourd'hui, en quatre colonnes, à deux heures de distance. Dix mille hommes ont déposé les armes. Cabrera est arrivé à Perpignan, à onze heures du soir, en voiture, escorté de deux gendarmes. Des Espagnols restés à Perpignan pendant la guerre et des gens de la dernière classe du peuple l'ont insulté à son passage.
8. — J'ai été voir Cabrera; mon entretien avec lui a duré une heure; un gendarme se tenait à la porte, qui était restée ouverte, d'après la consigne du commissaire de police; cela avait l'air de se défier de lui, je l'ai fait fermer. Cabrera a environ cinq pieds un pouce; il est mince; sans être belle, sa figure n'est pas désagréable; il est brun, a les yeux vifs; son ton annonce un homme énergique et décidé; il paraît tout nerfs. Cabrera porte une redingote bourgeoise brune, sans décorations, un pantalon gris; il est vêtu proprement et simplement. Le brigadier Arnau, son aide de camp, est dans le même genre, avec un ruban de Saint-Ferdinand à la boutonnière de sa redingote; ils ont pour coiffure des bérets blancs; ils ne savent ni l'un ni l'autre le français. Lors de mon entrée dans leur chambre. Cabrera dînait; il s'est levé et m'a offert une chaise avec politesse. Nous nous sommes assis, et Cabrera s'est mis sur-le-champ à causer avec moi en espagnol, comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Il savait que j'avais eu longtemps un commandement en Espagne; il m'a raconté qu'il est entré en France, parce qu'il a la conviction qu'il ne pouvait résister longtemps, et pour ne pas sacrifier inutilement des soldats sans résultat pour la cause carliste. Il a été malade sept à huit mois, et il est remonté à cheval, il y a un mois seulement, ayant encore la fièvre, sur un avis reçu de Mora de Ebro que son armée, le croyant mort, allait se débander.
Cabrera a rendu compte plusieurs fois à don Carlos de l'impossibilité où il était de résister indéfiniment, sans secours, lui demandant l'autorisation de renvoyer ses soldats