CHAPITRE VII. — DECEMBRE
ce n'est que le second jour qu'il est mort dans les bras de ses malheureux parents.
1" novembre. — Le Roi ayant refusé le discours d'ouverture de la session proposé par M. Thiers, comme trop belliqueux, le ministère du 1" mars a donné sa démission le 28 octobre; elle a été immédiatement acceptée.
Par ordonnance du 29 octobre, le nouveau ministère est ainsi composé :
MM. le maréchal Soult, président du conseil, ministre de la guerre; Guizot, affaires étrangères; Ilumann, finances; l'amiral Duperré, marine; Villemain, instruction publique; Duchâtel, intérieur; Teste, travaux publics; Martin (du Nord), justice et cultes; Cunin-Gridaine, commerce.
5. — M. le maréchal Soult a fait, le 30 octobre, un fort bon ordre du jour à l'armée, lui rappelant ses devoirs militaires. Jai réuni, sur la promenade des Platanes, à midi, les troupes de Perpignan et des environs, et j'ai lu à chaque bataillon, formé en carré, l'ordre du jour du maréchal Soult.
16 décembre. — On prétend que l'Algérie est une bonne école de guerre pour notre armée; je soutiens le contraire. C'est une école de désorganisation et d'indiscipline ; ceux qui font cette guerre et qui n'en ont pas vu d'autres se persuadent que les combats avec les Arabes, qui sont dans l'enfance de l'art, ressemblent aux batailles du continent. Ils croient qu'ils ont inventé la guerre, que le genre d'instruction qu'on donne en France à nos troupes est inutile; ils veulent même bouleverser l'habillement et l'équipement de nos soldats. On se bat sur deux rangs en Afrique; on en conclut qu'on peut faire la même chose sur le continent. Les Russes, les Prussiens et les Autrichiens, qui combattent sur trois rangs, nous feront payer cher cet essai si nous le tentons. D'après toutes les lettres que je reçois d'Afrique, les privations y sont cruelles; les pertes par le feu y sont peu de chose en comparaison de ceHes qu'on éprouve dans une bataille rangée en Europe, et cependant on nous fait d'emphatiques bulletins où l'on cite trente personnes, quand il y en a deux tuées. Sous l'Empereur, lorsqu'il y avait trois mille tués, on ne
citait pas deux personnes. Nous nous sommes longtemps moqués des héroïques bulletins des Espagnols, et nous les copions. Outre les bulletins ofiiciels, chaque journal a son petit bulletin particulier; ce qui égare l'opinion, au lieu de l'éclairer.
Si le recrutement pour l'Afrique continue à se faire en prélevant des hommes sur les autres régiments, on perdra l'armée de France. On écréme les meilleurs soldats des corps pour les envoyer en Afrique, où ils meurent, tout comme les recrues, dans les hôpitaux. Les régiments d'Afrique devraient former leurs recrues dans leurs dépôts. Chacun doit jouir du fruit de ses œuvres; l'officier qui forme le soldat doit avoir l'espoir de combattre avec lui. On se plaignait, sous la Restauration, de ce que les quelques soldats pris pour la garde royale détruisaient les régiments; c'est bien autre chose maintenant, avec ces levées périodiques pour l'Algérie; cela jette le découragement dans l'infanterie, et la religion du drapeau se perdra entièrement, si cela continue.
Il y a actuellement en Algérie de 26,000 à 27,000 malades, et il y a eu 15,000 morts dans l'année. Le 58" de ligne compte 700 morts.
21. — Philippe de Chabot, qui avait été nommé commissaire du Roi pour accompagner le corps de l'Empereur, de Sainte-Hélène à Paris, m'a rapporté une pierre de son tombeau pour placer l'épaulette de l'Empereur que l'huissier du cabinet Angel m'a donnée, lors de la retraite de Moscou.
23. — La pluie ne cesse ni jour ni nuit; pas un courrier n'a pu nous arriver; les rivières sont débordées. La Tet a envahi le Champ de Mars. Je suis monté à cheval et je suis allé voir l'inondation; j'ai placé des postes pour porter secours, dans le cas où les malheurs augmenteraient pendant la nuit. Ces dispositions prises, je suis rentré chez moi mouillé jusqu'aux os.
25. — La division des Pyrénées, d'après une décision du gouvernement, cesse de toucher la solde de rassemblement à dater du !•' janvier. La suppression de l'indemnité entraîne celle des divisions actives des Pyrénées qui vont rentrer dans