CHAPITRE PREMIER. — OCTOBRE
6 octobre à l'anniversaire de la naissance du Roi; il reviendra le 7 ou le 8 s'établir à Saint-Amand, où est le quartier général de sa brigade de cavalerie légère; on n'a pas été plus avancé qu'avant, après son passage, sur l'époque de notre entrée en Belgique. On dit que le siège d'Anvers, si nous devons le faire, comme on le raconte, au lieu et place des Belges, pour qu'ils n'aient pas à se battre avec les Hollandais, ne pourra commencer avant le 15 octobre. Le ministre de la guerre m'a refusé M. Ernest de Castellane, capitaine au 9" de chasseurs, pour officier d'ordonnance. On veut forcer les officiers généraux à prendre leurs officiers d'ordonnance dans le corps royal d'état-major.
C'est bien le moins cependant qu'un officier général ait toute latitude pour admettre dans son intérieur un officier qui ait sa confiance.
Le sous-inspecteur aux revues, Sayné, quartier-maître en 1792 du 6' régiment de chasseurs à cheval, commandé alors par mon père, a voulu me donner à dîner; il a été heureux de faire connaissance avec le fils de son ancien colonel.
La 3* division d'infanterie est en marche pour se concentrer vers Avesnes; la 4' se forme et sera placée à Arras. Malgré cela, plus nous allons, plus on est persuadé que nous n'entrerons pas en Belgique; nous marchons à grands pas vers la mauvaise saison, et le mauvais temps est un prétexte suffisant pour ajourner encore les coups de fusil, qui ne manqueront pas au printemps probablement.
13. — Le maréchal Gérard passe en revue trois bataillons de guerre du 12" de ligne qui ont fait l'exercice à feu devant lui. Le maréchal Gérard m'a témoigné sa satisfaction. Il a reçu, pendant la manœuvre, par estafette, une lettre du Roi : Sa Majesté lui écrit sans cesse des épîtres d'amitié de quatre pages (1). Le maréchal Gérard m'a prié à dîner avec mon aide de camp, le colonel et les officiers supérieurs du 12» de ligne. Cela paraît extraordinaire à l'armée; précédemment il ne faisait pas de ces excès-là. C'est, au reste, un fort excel-
(1) Le maréchal Gérard avait épousé Mlle de Valence, petite-fille de Mme de Gonlis, ancienne gouvernante du Roi. {Note du maréchal.)
lent homme, et j'ai beaucoup à me louer de sa politesse. Le ministère ne décidera pas l'entrée de notre armée avant de connaître le résultat des nouvelles démarches du prince de Talleyrand auprès de la conférence; il y en a pour quinze jours, et pendant ce temps-là la mauvaise saison arrive.
15. — On écrit que M. le duc d'Orléans, qui devait partir le 13 pour l'armée, a dit qu'il ne se mettrait point en route avant dix ou douze jours. Le maréchal Gérard ne sait pas plus que nous si nous passerons la frontière.
16. — Le maréchal Gérard est parti pour Paris, à la réception d'une estafette lui apportant des lettres du Roi et du ministère de la guerre qui lui prescrivent de s'y rendre immédiatement.
Le général Saint-Cyr-Nugues croit que le maréchal sera de retour dans quarante-huit heures. On suppose qu'il est appelé pour recevoir des instructions sur notre entrée en Belgique; d'autres pensent que c'est pour lui expliquer les raisons pour lesquelles on remet notre passage de la frontière. Le fait est que, sous quatre jours, il paraît difficile que nous ne sachions pas définitivement à quoi nous en tenir.
19. — Le ministre de la guerre belge, Evain, est arrivé à Valenciennes pour conférer avec le maréchal Gérard; il va s'entendre en son absence avec les lieutenants généraux Saint- Cyr-Nugues, chef d'état-major, Neigre, commandant l'artillerie, et Haxo, commandant le génie. Quinze jours après la réception de l'ordre seront nécessaires pour commencer le siège d'Anvers; il faut, pour y transporter la grosse artillerie de Douai et de Valenciennes par les canaux, de dix à onze jours, sans compter le temps indispensable pour la location et le chargement de bateaux.
21. — Le maréchal Gérard a écrit qu'il va arriver; il a demandé à M. Despinoy, mon aide de camp, de mettre, à son retour, sa maison, son argenterie et son linge à sa disposition; celui-ci y a consenti de bon cœur. Je suis fort aise d'être agréable au maréchal Gérard; je n'ai pu refuser l'hospitalité offerte avec grâce et instances par mon aide de camp, tout en étant extrêmement contrarié de ne pas lui payer le loyer. La