CHAPITRE PREMIER. — NOVEMBRE
demande du maréchal Gérard me donne le moyen de sortir d'une position fausse.
22. — Je me suis établi chez M. Hazard, négociant, où j'ai loué un joli appartement.
1" novembre. — Le maréchal Gérard est revenu à Valenciennes. Il paraît que ce n'est toujours que le 15 que nous devons entrer en Belgique; je fais, en attendant, faire des reconnaissances à mes troupes; cela est fort utile aux officiers. On embarque la grosse artillerie sur l'Escaut. Les divisions d'infanterie et de cavalerie qui étaient en arrière se rapprochent de la frontière. Le roi de Hollande se refuse à tout.
6. — J'exerce ma brigade à faire des reconnaissances, et j'exige des officiers un rapport d'après un modèle que je leur ai donné; c'est un exercice qui leur est très utile. Je les corrige avec soin et leur envoie mes observations pour exciter leur émulation.
Le maréchal Gérard nous a raconté qu'il y a quarante ans, il se trouvait ce même jour, 6 novembre, à la bataitle de Jemmapes. Le maréchal est fort bon; il a le désir d'être agréable à son armée.
10. — Je fournis au génie 200 hommes par jour, pour leur apprendre à faire des fascines. Le génie a voulu faire des expériences pour passer des fossés pleins d'eau; le radeau, trop léger, a été au fond. La seconde représentation n'a pas été plus heureuse; on a voulu faire enfoncer des fascines dans le fossé au moyen de sacs à terre : elles ont chaviré. Le chef de bataillon du génie Morlet me disait spirituellement : « On sera forcé d'en revenir tout bonnement aux moyens indiqués par M. de Vauban, vous le verrez. »
On a exercé devant le maréchal Gérard une compagnie de grenadiers du-22« de ligne à jeter des grenades, d'une tranchée faite par les sapeurs, dans un chemin couvert; le général Haxo a voulu faire l'essai d'une certaine cuiller mise au bout d'un bâton, pour les lancer; on a reconnu qu'on les jetait plus loin et plus facilement avec la main. Le colonel du 2' de housards, en maniant maladroitement cet instrument, a manqué de m'en flanquer une à la tète.
Des aides de camp de M. le duc d'Orléans sont arrivés, et avec eux le peintre Scheffer habillé en officier de la garde nationale. Il a de la réputation; les belles actions de notre campagne seront donc reproduites sur la toile.
12. — MM. les ducs d'Orléans et de Nemours sont arrivés à Valenciennes; le premier était accompagné des généraux Baudrand etFlahaut; le second, de son aide de camp, le lieutenant-colonel Boyer. J'ai déjeuné avec eux chez le maréchal Gérard. Le duc de Nemours, très petit il y a six mois, a grandi de quatre pouces.
M. le duc d'Orléans a adopté, pour la campagne, une redingote avec sa ceinture par-dessus; les courtisans s'empresseront sans doute d'imiter ce costume. Il a laissé pousser sa barbe au bout de son menton. Les jeunes officiers d'étatmajor en feront autant (1). M. le duc d'Orléans m'a montré un sabre de son invention; il peut être fort bien, mais ce n'est pas l'épée d'ordonnance. Le drôle est qu'il s'est plaint, en me le faisant voir, de ce que la plupart des officiers s'écartent des règlements dans leur tenue. Je lui ai répondu : « Je ne suis pas de ceux-là, à commencer par mon épée qui est d'uniforme. »
Une lettre de mon fils aîné, du 10 novembre, m'a apporté une bien triste nouvelle : mon père avait depuis le matin une congestion au cerveau. Je m'afflige qu'à la veille d'entrer en campagne, il ne me soit pas possible de l'aller voir.
13. — J'ai eu, grâce à Dieu, de meilleures nouvelles de mon père. Le maréchal Gérard est parti pour Bruxelles, d'où il doit revenir.
15. — J'ai reçu hier l'ordre de marche de ma brigade, forte de 449 officiers et de 4,813 hommes présents. J'ai quitté Valenciennes à onze heures; j'étais bien traité dans la maison Hazard, où je logeais. On m'a témoigné de vifs regrets de mon départ, et moi-môme j'ai le cœur gros en me séparant de ces excellentes gens.
Nous avons franchi la frontière à Quiévrain; ma brigade a
(1) M. le duc d'Orléans se soumit à l'ordonnance et coupa sa barbe^ (Noie du maréchal.)