CHAPITRE IX. — JUILLET
six à dix-sept degrés. Deux chiens qui étaient près de moi tremblaient; l'un se couchait, l'autre cherchait à le faire. Les pigeons rentraient dans leurs pigeonniers, plusieurs sans pouvoir trouver l'entrée. Deux mulets qui labouraient se sont arrêtés pendant l'éclipsé totale, et on ne pouvait les faire marcher.
10. — M. Arago a été élu député de Perpignan; les modérés se sont abstenus. Ce soir, on lui a donné une sérénade. Il est descendu dans la cour pour faire un discours, et il a profité du passage des musiciens des danses catalanes de la paroisse Saint-Jacques pour en faire un autre. La rue Arago a été illuminée; la tranquillité n'a pas été troublée.
14. — Rien n'a égalé mon étonnement lorsque ce matin, à six heures, j'ai vu entrer le préfet, M. Vaïsse, dans ma chambre. Il m'a annoncé la mort de M. le duc d'Orléans, hier, par suite d'une chute de voiture.
Quelques instants après, j'ai reçu une dépèche du maréchal Soult, ministre de la guerre, qui m'ordonne de faire prendre le deuil aux troupes. A midi, j'ai répondu au ministre de la guerre par la dépèche ci-après :
« J'ai reçu votre dépêche télégraphique du 13. La consternation des troupes serait difficile à peindre. Le deuil a été pris sur-le-champ. »
M. le duc d'Orléans est profondément regretté des troupes; il les aimait, les savait, car il s'était donné la peine de les apprendre. Ce malheureux prince avait un grand mérite; sa facilité d'élocution était remarquable; et si quelques personnes se sont parfois plaintes de son peu de franchise, cela venait de son grand désir d'être agréable à tous ceux qu'il recevait et qui souvent prenaient des paroles obligeantes pour des engagements. Quant à moi personnellement, je dois regretter particulièrement le prince royal, qui a toujours été parfaitement bon pour moi. On savait qu'il m'avait en estime; cela m'était un appui et une facilité pour faire bien servir.
Mourir à trente-deux ans d'une pareille mort! lui que j'ai vu à Anvers s'exposer si courageusement à la mitraille !