‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 156 sur 231 · CHAPITRE IX. — AVRIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — AVRIL

12 février. — Le 12 a été pour moi une véritable journée de malheur; j'ai reçu avis de l'envoi àConstantine de M. Dagnan. Depuis plus de trois ans, il dirigeait l'administration de la 21" division militaire; il y était aimé et estimé; j'étais bien tranquille avec lui pour la répression des abus. C'est un intendant probe, ferme et capable: dans le cas d'une réunion de troupes sur ce point, la considération dont il jouit n'eût pu que faciliter les marchés, et cela ne peut être que très avantageux, surtout dans un pays où l'on n'a pas oublié les méfaits de l'intendance en 1823.

10 mars. — Le colonel Despinoy, du 66* de ligne, mon ancien aide de camp, est mort à Raismes, près Valenciennes. le 3 mars 1843. Colonel du 1^^ régiment de la légion étrangère en 1842, il venait d'être nommé au 66% lorsque la mort l'a frappé à quarante-huit ans. Très brave à la guerre, homme d'esprit, rédigeant bien et vite, il était instruit de son métier. Ses qualités étaient balancées par un amour-propre excessif qui ne souffrait pas la contradiction. Il montait bien à cheval, était bien tourné; c'était un homme d'honneur.

Mon fils Pierre a été nommé brigadier, le 16 février, dans le 4* régiment de chasseurs à cheval d'Afrique. Le général Changarnier a pris mon fils comme brigadier d'ordonnance, et il est parti le 22 février pour Blidah avec lui.

12 avril. — Le duc de Mortemart m'écrit de Paris du o avril 1843 :

«Nous passons une session bien terne et qui, après bien du temps perdu pour des propositions de partis et d'intrigues, ne donnera pas la moitié des lois utiles que le pays attend en souffrant. C'est un honteux spectacle que notre représentation nationale, toute d'intérêt de personnes, sans élévation, sans nationalité. Le pays s'en dégoûte, et le premier homme hardi qui choisira bien son temps, dans un avenir peu éloigné,

en délivrera le pays au jorofit d'un pouvoir quelconque, s'il a la main forte. »

8 mai. — Le Roi a remis, le 20 avril, les insignes de grandcroix de la Légion d'honneur à S. Ém. le cardinal de la Tour d'Auvergne, évèque d'Arras; il a été bien aise de trouver un évêque de la Restauration la désirant, car beaucoup de ceux-là encore ne veulent pas de la Légion d'honneur.

Le lieutenant général baron Thiébault a été nommé grand officier de la Légion d'honneur; il compte d'anciens services d'état-major.

16. — M. le baron Mounier, pair de France, est mort le H mai à Paris. Je regrette vivement cet homme bon et aimable. Notre connaissance date de bien loin; je l'ai connu secrétaire du cabinet de l'Empereur, et je m'étais particulièrement lié avec lui à la campagne de Russie, dans la retraite. Fort honnête homme, très instruit et parlant facilement, le spirituel baron Mounier était fort considéré à la Chambre des pairs.

20 juin. — Par suite des derniers troubles qui ont eu lieu en Espagne, beaucoup de réfugiés arrivent à Port- A'endres. Le maire de Port-Vendres a empêché le général Villalonga de débarquer, parce qu'il n'avait pas de passeports pour la France : c'est fâcheux, car les « esparteristes » ne manqueront pas de dire qu'on leur refuse l'hospitalité qu'on a toujours accordée à leurs ennemis. C'est la première fois qu'il est question de passeports pour les réfugiés, qui, ordinairement, ne peuvent pas en avoir. Le maire actuel de Port- Vendres est un jeune homme sans consistance, sans jugement, qui aime à faire l'important.

Quant à moi, j'ai recommandé au commandant de la place de Port-Vendres la plus grande politesse vis-à-vis des réfugiés, et de les traiter avec la considération que leur donnent les grades et la position qu'ils occupaient dans leur pays. J'ai recommandé à la gendarmerie d'agir avec politesse dans l'exécution des ordres de l'autorité civile. Je continuerai d'accueillir les réfugiés de toutes les opinions et de donner à dtner à tous ceux de marque, quels qu'ils soient. J'ai toujours agi de

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