CHAPITRE IX. — JUILLET
même depuis dix ans que je commande sur cette frontière; il n'y a pas de position plus délicate que la mienne, puisque Espartero est toujours régent aux yeux de la France et que la Catalogne, province frontière de ma division, ne reconnaît plus le gouvernement du duc de la Victoire. Cette situation ne peut pas, au reste, se prolonger longtemps, avec le déluge de pronimciamientos qui arrivent de tous côtés.
Depuis plusieurs années j'ai travaillé à faire créer àAmélieles-Bains un hôpital militaire; enfin la chose est en cours d'exécution, et l'ordonnance de l'expropriation a été rendue; le maréchal Soult a enfin cédé à mes sollicitations; cet hôpital sera un véritable bienfait pour l'armée.
10 juillet. — Le 27 juin, le maréchal Soult m'écrivait :
c Quant aux réfugiés espagnols qui se présenteraient à votre quartier général, l'accueil que vous leur faites, quelle que soit leur opinion, est plein de mesure; je vous approuve d'en agir ainsi. »
Ceci était la réponse à un rapport dans lequel je lui disais que j'avais donné à dîner aux réfugiés marquants de toutes les opinions. Je tombe donc de mon haut en recevant la lettre ci-après, du 4 juillet 1843 :
« Général, j'ai reçu votre rapport du 24 juin dernier qui me fait connaître ce qui se passe en Catalogne, à Valence, etc. Je vous réitère ce que je vous ai déjà écrit, d'éviter de donner aucune espèce d'encouragement aux militaires ou individus quelconques qui arrivent d'Espagne ou qui y retournent, afin qu'on ne puisse pas dire que le gouvernement du Roi a favorisé l'insurrection qui a éclaté dans ce pays, ou secondé même par conseil qui que ce soit de ceux qui y ont pris part. J'ai regretté à ce sujet la rencontre que vous avez faite du général Serrano, qui est passé à Perpignan et qui maintenant se trouve à Barcelone, revêtu d'un commandement supérieur. Cette rencontre, qui, je le sais, n'a été que fortuite, est cependant prise en mauvaise part et pourrait par la suite nous être reprochée. Votre rôle doit se borner à observer, recueillir, et me rendre compte. Vous ne pouvez manquer de reconnaître que les événements se précipitent en
Espagne, et que la révolution qui s'accomplit amènera infailliblement un nouvel état de choses qu'il est bien difficile de prévoir. »
Le duc, la duchesse et Mlle Berthe de Mortemart, qui étaient à Amélie-les-Bains depuis le 18 juin, sont venus il y a quatre jours à Perpignan. Le duc de Mortemart, auquel j'avais conseillé de prendre les excellentes eaux d'Amélie-les- Bains, en est très content.
Ils sont enchantés de leur voyage en Roussillon, qu'ils ont fait en grande partie pour moi. Pendant leur séjour à Perpignan, ils ont fréquemment dîné chez moi, et j'ai prié successivement les principaux habitants de la ville et les chefs militaires. J'ai eu soin qu'ils fussent reçus avec une grande politesse, sur tous les points où ils ont été, par les officiers.
Le duc de Mortemart est rongé par le chagrin que lui cause la mort de son fils; il ne s'en consolera jamais. Ce voyage dans un pays où il a été parfaitement accueilli, où j'ai tenu à ce qu'il lui fût donné des marques de considération, lui a procuré des distractions qui n'ont pas été pour lui des consolations, car il ne peut pas en avoir, mais un soulagement à sa douleur.
29. — Le Roi a nommé, le 24 juillet, le vice-amiral de Mackau ministre de la marine, en remplacement de l'amiral Roussin. Ce dernier a donné sa démission, sa mauvaise santé ne lui permettant pas de continuer ses fonctions. Il était hors d'état à la tribune de soutenir une discussion; on ne l'entendait pas. Son successeur, M. de Mackau, n'est pas non plus orateur; c'est un officier de marine capable, très fin, mais il a la réputation de manquer de franchise.
13 août. — M. le maréchal duc de Dalmatie est arrivé le 11 août à son château de Soultberg, près Saint-Amans-la- Bastide; il n'a voulu laisser à personne le portefeuille de la guerre, et il expédiera les affaires principales, de sa terre. Il m'a donné l'ordre de lui adresser mes rapports sur l'Espagne et mes dépêches importantes.
13 septembre. — Je suis parti le 8 septembre de Perpignan pour une tournée d'inspection. Le 9 au matin, j'étais à Foix,