CHAPITRE X. — SEPTEMBRE
parfaitement libre. Le maréchal déjeune en tête-à-tête avec la maréchale: on peut, à son choix, déjeuner avec les aides de camp, ou prendre du thé, du café, dans sa chambre. Dans l'après-midi, on fait une visite à la maréchale. Vers trois heures, le maréchal se promène à pied dans son parc; on raccompagne si cela convient. On dnie à six heures et demie; à neuf heures. Mlle Soult et Mme Guiraud s'en vont; le maréchal et la maréchale se retirent. Il y a ordinairement à dîner quatre ou cinq personnes étrangères à la maison, quelquefois un plus grand nombre.
Le maréchal et la maréchale Soult m'ont traité avec une grande recherche de politesse. Au moment où j'ai pris congé du duc de Dalmatie, il m'a engagé à soigner ma santé et m'a témoigné ses regrets de ce que je ne restais pas plus longtemps à Soultberg.
On doit le croire foncièrement malade et près de quitter le pouvoir, car à Saint-Amans et dans plusieurs relais sur la route, les maîtres de poste m'ont dit qu'il 3' a cette année deux tiers de visiteurs de moins à Soultberg que l'année dernière ; l'humanité est ainsi bâtie.
27. — Je suis revenu à Narbonne achever l'inspection du dépôt du 67^
Mon fils aîné, Henri de Castellane, a été réélu député le 18 août, à Murât, par 110 voix sur 112 pour la troisième fois. Il aura les trente ans nécessaires pour être député, le 23 septembre prochain. Ayant l'âge à l'époque où la Chambre s'assemblera, il sera probablement admis à siéger sans être obligé à une nouvelle réélection.
12 septembre. — L'intendant Déniée, que j'ai vu il y a quelque temps, s'est amusé, avec sa légèreté ordinaire, à faire courir le bruit à Paris que j'étais attaqué de la poitrine et mourant, ce qui a effrayé toute ma famille. Je marche, au contraire, tout à fait vers la guérison, grâce au quinquina, qui a arrêté mes crachements de sang.
29. — La députation provinciale de Barcelone m'a envoyé une des médailles qu'elle a fait frapper pour le retour de la reine Christine, avec une belle lettre.
14 octobre. — Le 67° de ligne, qui était depuis trois ans dans cette division, est parti pour Mâcon. L'instruction et la discipline de ce régiment ont beaucoup gagné pendant son séjour dans la 21* division. Pas mal d'officiers proviennent des volontaires parisiens de 1830 dont ce régiment a été formé. Il y en a de bien faibles; l'histoire de quelques-uns est un vilain roman, mais enfin le régiment est maintenant beau et bon; il est étonnant qu'avec de pareils cadres, on ait pu obtenir d'aussi bons résultats.
21. — La reine Christine, ayant reçu de Rome les bulles attendues, a épousé, le 12 octobre, le duc de Rianzarès. La cérémonie a eu lieu dans la chapelle du palais, en présence de tous les ministres. Le patriarche des Indes a donné la bénédiction nuptiale aux époux.
6 novembre. — Depuis le 17 septembre, je garde la chambre, crachant le sang de temps en temps; j'ai un pouls excellent et bon appétit.
Au moment où les médecins me croient hors d'affaire, il survient toujours quelque rechute. Je suis au deux cent sixième jour de mon catarrhe.
Je transcrirai ici l'extrait d'une lettre du chef de bataillon Canrobert, du 1" novembre 1844, de Mostaganem.
« Le traité de paix fait avec l'empereur du Maroc a produit ici une sensation pénible. Il paraissait équitable d'exiger des vaincus au moins les frais de la guerre. Quant à la clause par laquelle une nation aussi puissante que la nôtre a cru devoir prendre, vis-à-vis d'un prince barbare, l'engagement de traiter Abd-el-Kader avec humanité et égards, s'il était pris par nos troupes, elle est incompréhensible. 3Ialgré les annonces de pacification complète, il ne se passe guère de mois sans que des événements fâcheux viennent protester contre les affirmations des optimistes. Dernièrement, c'était un détachement surpris et cruellement maltraité près de Zebdou; aujourd'hui, ce sont les rudes combats dans les montagnes autour deDellys, où deux bataillons ont essuyé plus de pertes que n'en a coûté l'affaire appelée « bataille d'Isly. »
2 déce,mbre . — Le 2 décembre 1804, il y a quai-ante ans, le