‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 184 sur 231 · CHAPITRE XI. — JUILLET 1845. 33o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — JUILLET 1845. 33o

Plusieurs députés, MM. de Malleville, Ghabaud-Latour, le prince Charles de Beauvau, M. Mignet figuraient aussi parmi les convives.

31. — J'ai éprouvé à la Chambre des députés une grande satisfaction, en entendant un discours de mon fils sur la loi des colonies. Sa voix et son débit sont très bons, ses termes choisis. Il a, à la tribune, l'attitude d'un homme poli et distingué. Plusieurs députés sont venus sur les bancs où sont assis les pairs pour m'en faire compliment. Le maréchal Soult m"a dit : « Je ne suis pas de son avis, mais c'est un succès de langage. » J'ai été d'autant plus satisfait de son discours que je suis de son avis.

7 juin. — Le prince de Montfort, qui n'est à Paris que par suite d'une autorisation du Roi, s'est entouré de petits bonapartistes obscurs et fort mal; les personnes marquantes qui ont conservé du dévouement pour l'Empereur le regrettent. On lui a fait dire de demander au Roi de le recevoir (le Roi y était disposé), pour le remercier de lui avoir permis de venir à Paris; il s'y est refusé. La conduite de ce prince prouve qu'il manque entièrement de jugement.

25. — M. Rossi, envoyé par M. Guizot à Rome pour obtenir du Pape le renvoi des Jésuites de France, a d'abord été fort mal reçu; il a fait semblant de ne pas s'en apercevoir et a continué à aller partout. Il a amené de Paris deux jolies voitures, des gens très bien tenus. Ce professeur, si peu agréable ici, est devenu à Rome un dandy, et il commence à être bien reçu partout.

Il se commet des abus scandaleux, des débutants ont obtenu du premier coup la croix d'officier de la Légion d'honneur.

La nomination de commandeur de la Légion d'honneur de M. Génie, secrétaire de M. Guizot, homme vénal et tout à fait déconsidéré, est un grand scandale. C'est horrible de voir la Légion d'honneur employée comme élément de corruption, et c'est bien assez que les recettes générales servent à payer les rédacteurs de journaux.

5 juillet. — Aujourd'hui a eu lieu le mariage du marquis

d'Audiffret-Pasquier, petit-neveu et fils adoptif du chancelier, qui a donné une soirée à cette occasion.

On s'y entretenait beaucoup de l'histoire de M. Victor Hugo. On a tout à fait craint de voir la session de la Chambre des pairs prolongée pour son jugement. M. X... l'a surpris en flagrant délit avec sa femme dans une maison de l'allée des Veuves. M. X... était accompagné d'un commissaire de police, la dame a été arrêtée seule, M. Hugo ayant déclaré qu'il était pair. La masse des pairs a été très courroucée: et si le mari avait persisté dans sa plainte, il y aurait eu un procès fort scandaleux à la Cour des pairs. M. Victor Hugo a, à force d'argent, obtenu hier le désistement de M. X..., et il a écrit au grand référendaire pour lui demander des passeports; il n'ose pas reparaître à la Chambre en ce moment.

6. — M. Guizot est satisfait. M. Rossi a réussi dans ses négociations avec le Pape. Le Saint-Père déclare que l'existence des Jésuites n'est pas nécessaire en France au maintien de la religion et prononce la dissolution des maisons de cet Ordre qui s'y trouvent, pour ùter tout prétexte à des troubles.

9. — C'est Mme Hugo qui a obtenu de M. X... son désistement. M. Hugo a fait ses confidences au grand référendaire M. Decazes. Comme il faut que M. Hugo fasse toujours de la poésie, en parlant de M. X. . . , il a dit que c'était un porc qui avait épousé une gazelle. Ce n'est point à l'allée des Veuves qu'il a été pris avec Mme X..., mais au passage Saint-Roch, où il avait loué un appartement sous le nom de Lafon.

13. — Je reviens enRoussillon les mains pleines, 2, 500,000fr. votés pour Port-Vendres avec l'assurance de 8,500,000 francs, l'année prochaine, pour les fortifications, probablement400,000 de plus pour le bassin militaire et l'arsenal de la marine; la malle-poste, établie à dater du 1" janvier 1846 entre Toulouse et Perpignan, pour la correspondance de Paris; affaires complètement désespérées à mon arrivée à Paris. C'est à mon fils et à moi qu'on doit ce résultat. Je suis encore dans l'étonnemcnt d'en être venu à bout.

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