CHAPITRE XI. — AOUT
venir de Bordeaux; j'ai parcouru ce chemin ily a trente-cinq ans; à cette époque il eût été impossible de faire le trajet aussi lestement, de Bazas à Roqueville et Villeneuve de Marsan, il y avait du sable, des pins. Deux heures étaient nécessaires pour faire un kilomètre, les roues entraient dans le sable jusqu'aux moj^eux, c'est maintenant une bonne chaussée.
21 . — Je suis arrivé à Pau à onze heures du matin, après avoir traversé les six kilomètres de landes du Pont long; elles n'ont pas changé. Je me suis promené à Pau pendant une heure. Sauf la place Gramont, qui est achevée, je n'ai pas trouvé de notable changement. Partout on se souvient de mon père; on m'a dit que, depuis son départ du département des Basses- Pyrénées, on n'a jamais eu de préfet tel que lui. Sa réputation se transmet des pères aux enfants; au bout de trente-cinq ans son nom est encore populaire de manière à me faire plaisir, sa mémoire est vénérée par les Béarnais. Jai été à la Préfecture où j'ai habité si longtemps. Je comptais donner vingt francs au factionnaire de la Préfecture et lui dire que j'ai fait là ma première faction, il y a quarante ans; mais il n'y en avait pas. Ce que l'on a vu enfant vous laisse un souvenir de grandeur, puis lorsqu'on revient, beaucoup d'années après, on trouve tout petit. Pau m'a fait cet effet.
Je suis arrivé dans l'après-midi aux Eaux-Bonnes; l'établissement des Eaux-Bonnes était, il y a trente-cinq ans, dans l'enfance, j'ai vu faire la route par mon père, on y venait auparavant en chaise à porteurs ou à cheval.
31. — fll. Hippolyte Royer-Gollard, neveu du fameux Royer- Gollard, a fait une série d'articles contre l'ouvrage de M. Thiers. aucun journal n"a voulu les insérer, grâce à l'influence de celui-ci; son quatrième volume de VHistoire du Consulat a peu de succès. Il avait d'abord écrit tout autrement l'épisode du duc d'Enghien, des personnes intéressées sont parvenues à lui faire mettre au pilon ce qu'il avait rédigé; il l'a recommencé entièrement.
4 août. — Le chef de bataillon Ganrobert m'écrit de Tenez, le 18 juillet 1845 :
« Les officiers de l'armée d'Afrique, mon général, ont
accueilli avec reconnaissance les nobles paroles que vous avez fait entendre en leur faveur à la Chambre des pairs. Ceux d'entre eux qui ont l'honneur d'avoir servi à votre école ont été fiers de voir que, sur la brèche parlementaire, leur général portait la tête aussi haute que devant ses troupes. Me permettez-vous de vous dire, mon général, qu'en stigmatisant ce triste système de razzias, vous avez accompli un acte de grande équité et de haute prudence? Acteur ou spectateur forcé dans une multitude de ces drames, je n'ai que trop appris à reconnaître les désastreux effets de ce terrible et barbare moyen. J'ai dû souvent gémir sur la démoralisation profonde qu'il jette dans le cœur du soldat qui égorge, vole, viole et s'y bat pour son compte particulier, devant des officiers souvent impuissants à le retenir. »
Le docteur Darald a trouvé que j'allais mieux, il n'a pas voulu recevoir d'argent de moi, prétendant qu'il n'en pouvait pas prendre d'un Castellane, fils du créateur et bienfaiteur des Eaux-Bonnes.
18. — Je suis reparti pour Pau, j'y ai retrouvé quelques-unes de mes connaissances; j'ai retrouvé au château un ancien Basque Yrigoyen, qui était jadis au service de mon père, et qui est maintenant attaché au service du château. Le concierge est un ancien capitaine qui m'a vu en faction à Pau. J'ai été charmé de revoir Pau, tout en étant attristé par le souvenir du passé.
26. — Je suis revenu le 26 à Perpignan, j'étais depuis cinq mois absent; on m'a très bien reçu, tous les amateurs de la ville m'ont donné une grande sérénade à laquelle assistait toute la population.
27. — Aujourd'hui, le conseil général ayant à sa tête M. Durand, son président, est venu me remercier de tout ce que j'ai obtenu pour le Roussillon, trop longtemps oublié.
Le chef de bataillon Canrobert m'écrit de Tenez, en date du 3 août 1845 :
(( En vous écrivant le 20 du mois dernier, j'ignorais l'honneur que vous aviez daigné me faire, en prononçant mon nom devant la Chambre des pairs, dans la séance du 4 juillet.