CHAPITRE XII. — JUILLET
du maréchal Sébastian!, fait que lété on y est comme à la campagne, tout en habitant le plus beau quartier de Paris. 9. — J'ai fait différentes visites d'adieu, et j'ai achevé d'arrêter le travail du I4« léger. Le colonel Cornemuse, qui commande ce régiment, est un officier distingué. Je n'ai porté sur le tableau d'avancement, faute de sujets, que la moitié des candidats que je pouvais y mettre; les capacités diminuent chaque année dans les régiments.
11. — Je pars presque avec regret: il en est de même lorsque je quitte Perpignan; on finit toujours par prendre des habitudes au lieu où l'on est; puis, c'est à Paris qu'est ma famille, et où j'ai passé une grande partie de ma vie.
12. — J'ai voyagé par le chemin de fer jusqu'à Orléans, où j'ai pris la poste.
13. — Les deux roues de ma voiture étaient dans un tel mauvais état que j'ai été forcé de m'arrêter pendant trois heures à Glermont. A la poste de Coude, le maître de poste, quand il a su qui j'étais, s'est mis tout entier à ma disposition; il m'a beaucoup parlé de mon père et de mon fils; celui-ci est très aimé dans le pays.
1-1. — A Clermont, j'ai pris la route de Montpellier. La descente pour arriver à Massiac est longue; les tournants sont courts. Les postillons, habitués à mener la malle -poste enrayée, vous mènent un train d'enfer; cela est dangereux. On quitte à Massiac la route de Montpellier, on prend celle d'Aurillac, qui est charmante. Au pont du Vernet, les chevaux de mon fils m'attendaient pour me conduire à trentedeux kilomètres de là, à Aubijoux. Le pays m'a rappelé les environs de Constantine. A la sortie de Marcenat, on descend pendant un kilomètre pour arriver au château d'Aubijoux. Mon fils l'a fait bâtir au-dessous des ruines de l'ancien château, dans le style anglais du temps de la reine Elisabeth; l'aspect en est fort joli.
15. — Mon fils a donné en mon honneur un dîner à cinquante de ses électeurs. Le maire de Condat a porté un toast à moi et à mon fils. J'ai répondu de mon mieux; je serais, par exemple, à l'heure qu'il est, embarrassé de dire quoi;
enfin cela a plu à ces braves Auvergnats, il y a eu trois salves d'applaudissements .
i7. — Je suis arrivé à Perpignan, après avoir mis quarantedeux heures à venir d'Aubijoux.
i8. — J'ai reçu les visites de corps. La ville est fort animée pour l'élection de M. de Gontades, mon gendre, en remplacement de M. Arago; les partisans de ce dernier remuent ciel et terre en sa faveur.
26. — Grande parade pour la réception des chevaliers de la Légion d'honneur nommés à l'occasion de la fête du Roi; je fais toujours cette cérémonie avec le plus de pompe possible. Je ne manque jamais de donner aux récipiendaires les coups de plat d'épée sur les épaules qui sont prescrits par l'ordonnance. J'ai donné à dîner à dix-sept personnes. Parmi mes invités, il y avait cinq sous-officiers ou soldats légionnaires.
28. — Les assistants pour le service funèbre des victimes du 28 juillet se sont bornés aux troupes et autorités forcées d'y être.
2 août. — Le collège électoral de Perpignan s'est assemblé hier. Les moyens d'intimidation employés par M. Arago et ses partisans ont réussi; M. Arago a été élu par 343 suffrages; M. de Gontades en a obtenu 192, nombre supérieur de 60 à ce qu'un candidat avait pu obtenir jusque-là contre M. Arago. M. Arago a été reconduit chez lui aux cris de : « Vive Arago! » Il y avait foule sur la place de la Loge. Revenant à cheval de la promenade des Platanes, à neuf heures du soir, j'ai été accablé des cris de : « Vive Arago I » Arrivé à la place Laborie, où loge le banquier Justin Durand, qui a appuyé M. de Gontades, j'ai vu la foule s'y porter; les cris redoublaient. Le chef d'escadron de gendarmerie est arrivé avec une forte patrouille.
Voyant que cela devenait sérieux, j'ai appelé les piquets des casernes sur la place, j'ai fait prendre les armes aux troupes dans leurs quartiers. Les cris ont cessé presque entièrement à l'arrivée des piquets. Nous sommes restés là jusqu'à onze heures du soir : le maire Guiraud a manqué de fermeté;