‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 3 sur 231 · J'ai été prendre congé du maréchal Soult · texte numérisé non relu

J'ai été prendre congé du maréchal Soult

Général Castellane. — Monsieur le maréchal, je vous remercie de la brigade d'infanterie que vous m'avez donnée; je viens prendre vos ordres.

Maréchal Soult (avec un air de mauvais vouloir). — rs'ous verrons comment vous vous en tirerez.

Général C. — Je ne suis pas à mon début, monsieur le maréchal; j'ai eu en Espagne, pendant trois ans, deux régiments d'infanterie sous mes ordres.

Maréchal S. — Où cela?

Général C. — Au Puerto Santa Maria, devant Cadix.

Maréchal S. — En conscience, on ne peut pas compter cela pour quelque chose.

Général C. — Pourquoi cela, monsieur le maréchal'? La division dans laquelle je servais était fort belle.

Là-dessus, il s'est mis à causer avec le général Préval. et la conversation s'est terminée là.

30. — Je suis parti de Paris à cinq heures, ce soir, pour rejoindre à Yalenciennes la 1"» brigade de la 2' division d'infanterie de l'armée du Nord, dont je vais prendre le commandement.

Je suis débarqué chez M. Despinoy, mon aide de camp, qui a une belle maison à Yalenciennes; il y a mis tant d'insis-

tance que j'ai craint, si je refusais, de lui faire de la peine. J'ai, en conséquence, accepté sa bonne hospitalité.

2 mai. — J'ai visité l'hôpital; il y avait deux cholériques du 12' de ligne. J'ai fait délivrer immédiatement aux troupes les rations de vin, de riz, les ceintures et chaussons de laine auxquels elles ont droit, d'après les ordres du ministre de la guerre, aussitôt l'apparition de l'épidémie constatée.

Je me suis assuré qu'une salle de cent lits, bien aérée, était préparée à l'hôpital pour les cholériques. Je quitte un choléra décroissant pour me trouver à un naissant.

3. — J'ai passé la revue des chambres du 1" bataillon du 12» de ligne et du 2" bataillon du 8'' léger. J'ai trouvé des effets dans les paillasses des deux régiments; les soldats font des magasins de leurs shakos, ce qui est fort malsain, en temps de choléra surtout. J'ai prescrit de n'ouvrir les fenêtres des escaliers que d'un côté, les courants d'air étant funestes pour l'épidémie. Les chambres étaient, du reste, bien tenues.

5. — Je suis parti à huit heures du matin pour Maubeuge, où je suis arrivé à midi. J'ai visité l'hôpital et les casernes, où j'ai encore eu à recommander d'éviter les courants d'air.

J'ai dîné à Maubeuge chez le colonel Prévost, du l""^ de chasseurs, à l'avancement duquel j'ai beaucoup contribué. Les officiers du 1" de chasseurs sont bien tournés. Il y a encore un grand fonds de discipline. J'ai remarqué cela avant le dîner : quand je me levais, la société en faisait autant, chacun de ces officiers croyant par déférence devoir rester debout tout le temps que j'y étais moi-même.

8. — En général, le service de la place se fait très mollement à Valcnciennes, puis en capote et en shako, contrairement aux ordres ministériels.

Il y a plus dune irrégularité de tenue à réprimer dans ma brigade. Gomme le général Achard, commandant la division, est absent et qu'il connaît cet état de choses, je ne donnerai pas d'ordres à cet égard avant son retour.

10. — Je vais chaque jour à l'hôpital militaire de Valcnciennes; les médecins trouvaient d'abord le choléra bénin, ils sont maintenant très satisfaits : ils ont des cas bleus superbes.

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