‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 37 sur 231 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Bal chez le Roi. — Dîner chez le ministre de la guerre en l'honneur de M. le duc d'Orléans. — Anecdote sur M. de Galonné. — La Belgique vote des remerciements à la France. — Grossesse de la duchesse de Berry. — Le Roi reçoit tous les dimanches. — Le vicomte de Caux me raconte des anecdotes sur Charles X. sur le général Marbot. — L'église de l'abbé Chatel. — Fâcheuses réductions dans les traitements. — Le marquis de Barbantane et sa loge à l'Opéra. — Secours donui'S par Louis-Philippe à M. Lafûtte. — Mort du duc de Dalberg. — M. de Rigny et l'aide de camp du Roi de Rumigny. — Le baron Fain. — Fête de Jules de Castellane. — Le prince de Talleyrand empêche M. de Flahaut de venir à Londres avec le duc d'Orléans. — Lettre du comte Alfred de Falloux sur le comte Lucchesi Palli. — Charles X à Prague. — Fêtes comuiémoratives des journées de Juillet, en 1833. — La plupart des ambassadeurs étrangers n'assistent pas au bal de l'IIôtel de ville. — Courses au Champ de Mars. — Le prince de Talleyrand et M. Thiers. — Troubles en Espagne. — Je suis nommé au commandement de la division des Pyrénées-Orientales, à Perpignan.

29 janvier. — J'ai été voir la maréchale Gérard qui a été aimable pour moi, ainsi que Mme de Valence, sa mère. Cela devait être; je leur ai dit tout le bien que je pensais du maréchal Gérard. La duchesse de Dalmatie m'a aussi reçu à merveille, me faisant compliment sur ma promotion; je lui ai répondu que je la devais au ministre de la guerre; à quoi elle a répliqué que c'était à moi-même.

29. — J'ai été de là aux Affaires étrangères, où la duchesse de Broglie était entourée de jeunes doctrinaires. Le gros M. Bourgeois, qui passe pour tenir de très près à M. Royer- Collard, en est le loustic. On n'y disait rien de rien.

30. — Grand bal chez le Roi : absence à peu près totale du faubourg Saint-Germain. Il y avait deux mille invités, sept cents couverts. J'ai vu aux buffets (dans les pièces, il est vrai, où le Roi n'était pas) plusieurs hommes le chapeau sur la

tête, pour souper plus à leur aise; entre autres le maréchal de camp Bugeaud, député. Je pense que d'autres de ses honorables collègues ne se sont pas refusé ce petit plaisir. Le général La Fayette, M. de Tracy et autres coryphées de la gauche n'étaient pas à cette fête.

31. — On raconte ce soir que le général Bugeaud est parti en poste pour aller prendre le commandement de la citadelle de Blaye; c'est une mission toute de confiance donnée à l'honorable député.

Il y a peu de bals et de soirées cet hiver, le faubourg Saint- Germain s'étant donné le mot de ne pas danser tant que durera la captivité de Mme la duchesse de Berry.

5 févrie7\ — Aujourd'hui dimanche, a eu lieu le raout du comte et de la comtesse de Flahaut, qui ont certainement une des plus belles maisons de Paris; il est fâcheux qu'elle soit située rue d'Angoulême, au coin des Champs-Elysées, ce qui est fort loin. L'ameublement est magnifique : il y a un ensemble parfait. Ce sont des formes d'anciens meubles et de belles étoffes, de mode il y a longues années et qui le redeviennent maintenant. M. le duc d'Orléans y était. Une des plus jolies femmes était, suivant moi, Mme Francis Baring (Glaire Maret), troisième fille du duc de Bassano; elle est grande et à la fois belle et jolie.

5. — Un grand dîner a eu lieu chez le ministre de la guerre en l'honneur de M. le duc d'Orléans. Il y avait les maréchaux, les ministres, les officiers généraux du siège d'Anvers présents à Paris. J'étais près de M. le maréchal de Lobau et de M. le marquis Barbé-Marbois, président de la Chambre des comptes, qui est dans sa quatre-vingt-neuvième année et qui a toute sa tète. La salle était fort belle avec des trophées, la lunette Saint-Laurent en relief et des piles de boulets, d'obus et de petits canons empruntés au musée d'artillerie. Dans les trophées on voyait des shakos du 20° léger, qui était de la brigade de M. le duc d'Orléans, et du 58% qui a monté la tranchée avec lui. Le maréchal Soult a porté la santé du Roi et de toute la famille royale ; il souffre fort de sa jambe, il a dû être porté à table par deux domestiques;

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