CHAPITRE PREMIER. — JUIN
J'ai reconduit le maréchal Gérard à son auberge; il m'a dit adieu fort amicalement, et il est reparti en poste pour Paris.
4. — Le lieutenant général Lamarque est mort, à Paris, le 1" juin, à la suite du choléra. Il avait été exilé après le second retour de Louis XVIII; c'est là que cessa sa carrière militaire et que commença sa carrière politique. Rappelé en France en novembre 1818, il se constitua à Paris le défenseur de ses compagnons d'exil. Il fut nommé député dans le département des Landes en 1827, et se plaça dans l'opposition, tout en voyant souvent M. le Dauphin, et en sollicitant de lui de remploi qu'il ne put obtenir. Après les événements de 1830, il fut chargé d'une grande inspection, et opéra dans un système désorganisateur, en encourageant les sous-officiers à renvoyer leurs officiers. Cela fut dû aux travers de son esprit, et fut d'un fâcheux effet sur l'armée. Il s'était jeté dans le parti du mouvement, parce qu'il n'était pas ministre, et qu'il voulait l'être à tout prix.
6. — On met chaque jour dans les journaux ministériels que les troubles de la Vendée sont comprimés, et en même temps on donne le récit de nombreux combats.
Au dire d'un courrier parti hier au soir de Paris, à dix heures, des troubles sérieux ont éclaté à l'occasion des obsèques du général Lamarque. Placé entre les républicains et les carlistes, le gouvernement a fort à faire.
Une dépêche télégraphique au préfet du Nord porte : « Les fractions carliste et républicaine réunies ont essayé une insurrection à Paris, à l'occasion des funérailles du général Lamarque. L'enthousiasme des gardes nationales de Paris et de la banlieue est à son comble. Le Roi est venu se placer au milieu d'elles; la révolte a été réprimée partout. »
10. — Les troubles de la Vendée ne sont point finis. On ne sait où est la duchesse de Berry. Cinquante bruits courent sur elle : tantôt elle se promène vêtue en petit polisson, puis elle est tombée dans la Charente et a été retirée de l'eau. Les chouans battus sur un point reparaissent sur un autre. La brigade du général Dernier, composée des 3' et 9' dragons, a quitté l'armée du Nord pour se diriger sur la Vendée.
13. — Je n'avais jamais habité le département du Nord; j'avais toujours évité d'y être employé, et j'avais raison, car c'est un infernal climat. Depuis six semaines que j'y suis, je n'ai pas vu deux jours de suite sans pluie, et nous sommes à la mi-juin; on ne vit qu'à moitié dans une semblable atmosphère.
23. — J'avais, en arrivant à ma brigade, remarqué dans la tenue que les règlements n'étaient pas exécutés sous plusieurs rapports. Commandant la division par intérim, je m'abstins de donner aucun ordre; puis, cependant, l'absence du lieutenant général Achard se prolongeant, j'ai cru devoir lui envoyer le projet d'ordre suivant, qu'il m'a renvoyé signé de lui, et que j'ai mis hier à l'ordre de la division :