‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 5 sur 231 · CHAPITRE PREMIER. — MAI · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — MAI

Le maréchal Gérard a été fort obligeant pour moi; en l'absence du lieutenant général Achard, il a joint au commandement de ma division d'infanterie celui de la cavalerie, pour le passage du roi Léopold. M. le duc de Choiseul, aide de camp du Roi, est arrivé dans l'après-midi, avec M. de Marmier. officier de la garde nationale; il va demain recevoir le roi Léopold sur la frontière.

28. — Dès huit heures du matin, le lieutenant général Corbineau, le baron Méchin, préfet du Nord, le duc de Choiseul, aide de camp du Roi, se sont rendus à Blanc-Misseron sur la frontière; j'y avais porté deux bataillons du 8' léger et des détachements du 8' de housards et de la gendarmerie. J'avais mis sur la place de Valenciennes un bataillon du 12' de ligne avec son drapeau, un escadron du 2' de housards avec son étendard, un bataillon de la garde nationale; sur les glacis, un bataillon du 8* léger; à une demi-lieue de la place, quatre escadrons du 2" de housards. Le maréchal Gérard nous a passés en revue à onze heures du matin.

Le roi Léopold a été reçu par les autorités civiles et militaires, conformément au décret impérial du 24 messidor an XII. destiné probablement à régler indéfiniment les honneurs à rendre en France aux souverains.

Le maréchal Gérard est allé de sa personne à quatre kilomètres de Valenciennes; je l'ai accompagné.

Le Roi est descendu de voiture en voyant le maréchal Gérard, et est monté à cheval; je l'ai salué à la tète des troupes. Le roi des Belges a fait son entrée à Valenciennes; les fenêtres étaient pavoisées de drapeaux tricolores, le temps beau, la population dehors. Le roi Léopold a reçu à l'hôtel de ville les autorités civiles et militaires. Il y a eu un dîner de trente couverts; j'étais à côté du maréchal Gérard, qui m'a pris la cuisse, en signe d'amitié, pendant le dîner. J'ai vu. avant lui, ce genre de caresses à feu M. le général Junot. Le roi Léopold a été fort poli pour moi, me rappelant que j'étais, là, sa plus ancienne connaissance. Pendant le dîner, une foule de monde, parmi laquelle plusieurs femmes de la société, est passée autour de la table pour voir le souverain belge. Arrivé à deux

heures, il est reparti une heure et demie après. J'ai quitté le roi Léopold à une lieue de la place. 11 m'a répété trois fois : « Veillez sur les Belges. Je vous recommande les Belges »; comme s'il craignait une attaque des Hollandais en son absence. Ce souverain, toujours beau, a l'air triste et rêveur.

M. de Montalivet a fait une circulaire aux préfets des départements de l'Ouest, où les troubles deviennent plus sérieux. Il est question de mettre plusieurs de ces départements en état de siège.

On a donné, par ordre de la Société : Aide-toi, le ciel t'aidera, des charivaris à presque tous les députés ministériels à leur retour dans leurs départements. On en a donné un, le 25 mai, à Besançon, au cardinal de Rohan, à son retour dans son archevêché. C'est le premier qui ait été fait par souscription. Si le département du Nord n'est pas amusant, on a, au moins, l'avantage d'y être à l'abri des émeutes et des charivaris.

2 juin. — J'ai été réveillé ce matin, à cinq heures, par une ordonnance du maréchal Gérard qui m'a annoncé que le roi Léopold arriverait à neuf heures. Les honneurs lui ont été rendus comme au premier passage; l'infanterie bordait de plus la haie dans les rues, d'après l'ordre de mon général en chef. Le roi des Belges a mis pied à terre, pendant le relais de ses chevaux de poste ; il m'a dit en me prenant par le bras : « J'ai cru que vous alliez marcher, en recevant hier un aide de camp de mon ministre de la guerre, à Cambrai, mais je me trompais. » On a remarqué que ce prince portait le grand cordon de la Légion d'honneur; il l'a gagné à son voyage de Gompiègne.

Le maréchal Gérard est monté à cheval sur la place, et l'a accompagné à trois quarts de lieue, au petit galop : notre général en chef n'en avait pas fait autant depuis longtemps. Nous sommes revenus au pas à Saint-Saulve, village à deux kilomètres de Valenciennes où est établie cette ridicule quarantaine belge; on y fait rester six jours les voyageurs, apparemment pour faire gagner cinq sous par tête à l'agent belge qui est chargé de la surveiller, car le choléra est en Belgique, à Courtrai, Tournay et Gand.

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