‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 75 sur 231 · J'ai reçu la dépèche télégraphique suivante · texte numérisé non relu

J'ai reçu la dépèche télégraphique suivante

« Le commandement des troupes dans la province d'Oran va devenir vacant. Sa Majesté verrait avec plaisir qu'il vous fût confié; de mon côté, je désirerais que ce poste vous convînt. Je vous prie de me répondre par le télégraphe sur-le-champ. »

Voici ce que j'ai répondu :

I Le Roi ayant eu la bonté de permettre que je fusse consulté, je voudrais, avant de quitter mon commandement actuel, savoir quelle serait ma position àOran, le nombre de troupes sous mes ordres, etc.

« Je demande l'autorisation daller à Paris immédiatement pour bien connaître, avant de me décider, les intentions du gouvernement et du Roi à cet égard. »

8. — Nouvelle dépèche télégraphique du président du conseil :

« Le Roi désire que vous preniez le commandement de la division d'Oran. C'est un témoignage de satisfaction et de confiance. Ce poste peut devenir très important. »

II est bien probable que je n'accepterai pas cette mission, inférieure au poste que j'occupe et où je n'aurais pas la possibilité de faire le bien.

Voici, au reste, la lettre que j'écris au ministre de la guerre, pour expliquer mes observations :

« Monsieur le IMinistre,

« J'ai reçu la dépêche télégraphique que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser le 5 décembre, pour m'annoncer que le Roi verrait avec plaisir que le commandement des troupes de la province d'Oran me fût confié, et le désir de Votre Excellence que ce poste me convînt.

« Je me rendrai toujours sans hésiter aux destinations qu'il plaira au Roi de m'assigner. Sa Majesté ayant dans cette circonstance daigné, avec une bonté dont je suis bien touché, permettre que Votre Excellence consultât ma convenance avant de m'en donner l'ordre, j'ai eu l'honneur de lui répondre par le télégraphe qu'avant de me décider, je demandais l'autorisation d'aller à Paris pour bien connaître quelle serait ma position à Oran, et c'est aussi à cause de la liberté qui m'est laissée, que je prends celle de faire connaître à Monsieur le ministre les différentes raisons qui me font balancer.

« Le Roi a daigné me confier sur cette frontière un commandement important. J'ai sous mes ordres, à la fois, une division active et une division territoriale; sans être général en chef de nom, je le suis de fait, je corresponds directement avec Monsieur le ministre de la guerre.

(( La province d'Oran, jusqu'à l'arrivée du général Bugeaud, n'avait été commandée que par un maréchal de camp; je n'ai souhaité d'aller en Afrique comme commandant d'une division que dans le cas d'une expédition, dans celui où M. le duc de Nemours ou un prince de la famille royale serait vice-roi du pays, pour commander en second sous ses ordres.

« Sûrement, si le choix du Roi était tombé sur moi pour le gouvernement général des possessions françaises en Afrique, l'aurais accepté avec reconnaissance, parce qu'alors j'aurais eu le pouvoir de faire le bien dans ce pays et que je sais qu'il faudrait beaucoup d'autorité et une ferme volonté pour y remettre la probité en honneur, déraciner les effroyables abus

Page 1