‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 76 sur 231 · CHAPITRE V. — DECEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — DECEMBRE

qui y régnent, rétablir la discipline et la tenue de cette armée, qui sont dans le plus mauvais état. Pour arriver à ces résultats, besoin sera peut-être de renvoyer en France moitié de ceux qui y sont employés. N'étanl dans ce pays qu'en sousordre, sans puissance, contrarié par les intrigants qui y fourmillent, en me donnant une peine effroyable, je n'obtiendrais peut-être aucun bon résultat.

« A Oran, serais-je appelé à correspondre directement avec Monsieur le ministre de la guerre, ou bien correspondrais-je seulement, ce qui est probable, avec le gouverneur général?

« L'ignorance dans laquelle je suis fait que je crois en ce moment Oran moins important que Constantine, car il y a un beau port à créer en ce moment à Djidjelli. Le commandement de la province d'Oran me paraît inférieur à celui qui m'est confié. Si ma présence y était jugée momentanément utile, je demanderais à ne pas être remplacé à la division active des Pyrénées-Orientales, et à ce que le général Dampierre exerçât par intérim mon commandement, de manière que je puisse y revenir, si je n'étais pas placé plus tard en Afrique dans un commandement plus important.

« Ne connaissant qu'imparfaitement la position qui m'est offerte, je me trouverais coupable, du moment que je suis appelé à avoir mon avis, de Taccepter avec des moyens qui ne me suffiraient pas, j'en suis persuadé, pour bien servir le Roi.

ï Je prie Monsieur le ministre de ne pas voir des prétentions déplacées dans des observations qu'en homme consciencieux je crois devoir lui soumettre. Mes relations en Afrique m'ont mis à portée de connaître ce qui se passe dans ce pays. Toutes ces raisons font que j'ai demandé à Monsieur le ministre l'autorisation de me rendre immédiatement à Paris, pour bien connaître les intentions du gouvernement du Roi, avant de prendre une résolution définitive.

ï Je prie Monsieur le ministre de mettre aux pieds du Roi l'expression de ma vive et respectueuse reconnaissance d'avoir eu l'extrême bonté de permettre que je fusse consulté avant de me donner un ordre. »

11. — Le général Bugeaud est arrivé à Port-Vendres sur le bateau à vapeur le Castor. On peut juger, par son empressement à sortir d'Oran, lui, un des plus jeunes lieutenants généraux de l'armée, combien ce poste est désirable!

15. — Le général Bugeaud, auquel j'ai écrit l'offre qui m'a été faite, n'en revient pas; il me mande qu'il n'y a rien à faire dans cette province.

Je n'ai encore reçu aucune réponse de Paris, ni à ma dépêche télégraphique, ni à ma lettre explicative.

17 . — Je reçois un ordre du ministre de la guerre de partir pour Toulon en poste, afin de m'y embarquer pour Alger, où je serai à la disposition de M. le maréchal comte Valée, qui m'assignera le commandement que je dois exercer en Afrique. Il y a juste aujourd'hui quatre ans et deux mois que j'exerce le commandement de la division active des Pyrénées-Orientales, y étant arrivé le 47 octobre 4833.

Le lieutenant général Pelleport me remplace. Les généraux Dampierre et Saint-Joseph, et tous les chefs de corps, sont venus m'exprimer leurs regrets. Ils désirent que j'accepte un repas qu'ils veulent m'offrir.

Il est impossible aux habitants d'être plus aimables pour moi, par le chagrin qu'ils me témoignent dans toutes les classes et dans tous les partis, à cause de mon départ (4).

Le courrier qui m'a apporté l'ordre de me rendre à Alger m'a aussi apporté la lettre suivante du ministre de la guerre, de la main même du ministre :

« Paris, le 13 décembre 1837.

« Mon cher Général,

« J'ai reçu la lettre confidentielle que vous m'avez écrite pour moi seul; je vous remercie de la confiance que vous avez bien voulu me témoigner.

« Un homme tel que vous réussira partout : votre activité,

(1) A la mort du maréchal de Castellanc, en 1862, les habitants de Perpignan firent célébrer spontanément un service pour lui.

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